Martin Boonen
28 May 2026
Vestalia est né, il y a trois ans, du désir de mettre en lumière le travail de propriétaires privés qui ouvrent leurs portes. L’événement réunit cette année trente-neuf membres du réseau Vesta, autour d’une cinquantaine de rendez-vous répartis dans tout le pays. Sa particularité tient au thème retenu pour 2026, « À la rencontre d’eux » : ce sont les propriétaires eux-mêmes, et non de seuls guides, qui accueillent les visiteurs. Faire visiter les lieux par les propriétaires, explique Charles-Adrien de Merode, gérant de la Fondation Merode-Rixensart, donne à la visite « une authenticité encore plus réelle » et restitue « la touche vivante et incarnée des lieux ».
La famille Merode accueillera le public au château de Rixensart dont elle préside à la destiné avec passion © Olivier Polet
Le réseau doit son nom à Vesta, déesse romaine du foyer et de l’hospitalité. Il est né vers 2020-2021, au sein de l’Association royale des Demeures historiques et Jardins de Belgique, du besoin de fédérer les membres décidés à ouvrir leur maison, sous quelque forme que ce soit. Ils sont aujourd’hui cinquante-six. « Ces demeures exceptionnelles ne sont pas de vieux bâtiments », souligne Caroline de Kerchove de Denterghem, propriétaire du château et du parc de Beervelde et vice-présidente de Vesta : « ce sont des mémoires vivantes, des lieux habités par l’histoire. »
La maison Frère-Orban, à Bruxelles © DR
Le réseau s’est construit sur un renversement de perspective. Longtemps, rappelle Caroline de Kerchove de Denterghem, on a cru que protéger un patrimoine consistait à le fermer pour ne rien abîmer. La conviction qui anime Vesta est inverse : « un patrimoine qui ne vit pas ne peut pas survivre », et « protéger un patrimoine, c’est pouvoir le transmettre ». La transmission est au centre des préoccupations de l’association : recevoir une demeure en héritage n’a de sens que si elle est déjà entretenue, faute de quoi le legs devient un fardeau. Ouvrir au public participe ainsi d’une stratégie de survie autant que d’un geste culturel.
Le prieuré de Beaufays © Vincent Rocher/SPW-AWaP
Le programme donne la mesure de cette diversité. À Corroy-le-Château, toujours habité par un descendant de la Maison de Trazegnies, la visite se fait en compagnie du marquis ; au château de Bornem, c’est le comte John de Marnix qui reçoit ; à l’Adornesdomein de Bruges, le comte et la comtesse de Limburg Stirum ouvrent un domaine dont ils détaillent la gestion. Au château de Louvignies, présenté comme « le vrai Downton Abbey de Belgique », Florence de Moreau de Villegas de St-Pierre raconte la renaissance d’un parc à l’anglaise dessiné par Louis Fuchs.
Le château de Fumal (famille du Fontbaré) ...
... et le château de Bioul (famille Vaxelaire) feront déguster leurs meilleures cuvées © DR
Les collections occupent une place particulière. Au Musée et Jardins Van Buuren, la conservatrice Manon Magotteaux dévoile « les dessous d’une maison de collection » et les choix qui président à la conservation des objets. Au Lozerkasteel, la visite descend dans les anciennes cuisines, où cuivres et collections ont déjà servi de décor à plusieurs films. Les savoir-faire et les jardins ne sont pas en reste : roses en pleine floraison et Journées des Jardins au château de Hex, ateliers d’herboristerie au château de Waleffe, parcours « Du château à la vigne » au château de Bioul, visites privées des jardins d’Annevoie suivies d’une dégustation des vins du domaine.
© DR
La musique et les arts complètent le tableau. Le château de Hex et le château de Beloeil accueillent des concerts classiques, la Villa Servais à Halle célèbre ses dix ans dans le sillage du violoncelliste François Servais, tandis qu’à la Maison Frère-Orban, à Bruxelles, le comédien Bruno Georis fait résonner les Fables de La Fontaine. À Damme, une conférence retrace l’âge d’or de l’art flamand, de Van Eyck à Memling. L’édition 2026 accueille un nouveau membre, La Blanche Maison à Nisramont, dans les Ardennes, qui consacre une journée à saint Hubert.
Le château de Beloeil © DR
Reste la question que pose, en creux, chacune de ces ouvertures : celle de la frontière entre demeure privée et bien commun. Pour Axel Tixhon, expert au cabinet de la ministre wallonne Valérie Lescrenier, l’enjeu dépasse la propriété, car ces lieux constituent une part de l’identité collective. « Si l’on ne maintient pas, si l’on ne transmet pas cette authenticité, on devient un lieu comme un autre, qui n’a plus rien à raconter », a-t-il observé lors de la conférence de presse. Le patrimoine privé, dans cette lecture, n’est pas une affaire purement privée mais un enjeu de société. En ouvrant leurs portes une semaine durant, les propriétaires donnent accès à un patrimoine d’ordinaire invisible, et rappellent que sa conservation repose, pour l’essentiel, sur des épaules privées.
Événement
Vestalia
Dates
Du 6 au 14 juin 2026
Informations et programme complet