Sylvie Dejardin

26 June 2022

la « Permanent Culture”, née dans les années 1970, s’invite dans le débat et apporte des solutions concrètes. Jean-Cédric Jacmart, cofondateur du Petit Monde de Desnié, une ferme entièrement dédiée à permaculture et à la transmission de ses concepts, nous éclaire sur cette vision autonome du monde de demain.

L’Éventail – Qu’est-ce que la permaculture ? Quels sont ses fondements ?
Jean-Cédric Jacmart – La permaculture est tout d’abord un questionnement sur notre façon de vivre sur cette planète sans augmenter notre empreinte écologique. Elle sert à préparer notre avenir et celui de nos enfants en apportant des réponses réalistes aux risques systémiques de perte de souveraineté – à la fois alimentaire et énergétique – et aux enjeux de santé publique. Pouvons-nous aujourd’hui faire de l’agriculture sans pétrole, sans mécanisation, sans intrants chimiques et sans arrosage ? Vu l’explosion des prix de l’énergie, serons-nous capables de nous nourrir dans les années qui viennent sans nous ruiner et sans détruire le vivant ?Sachant qu’il faut 8 à 12 calories/pétrole pour apporter une calorie dans la bouche d’un être humain (en fonction de la distance parcourue, de la saison, des emballages utilisés, de la transformation nécessaire… ), nous faisons face à un énorme problème, à la fois économique et écologique. Comment consommer et avoir une agriculture pérenne sans dépendance à tous ces facteurs ?

La permaculture, c’est l’art de créer des écosystèmes résilients. L’Australie, où les sécheresses sont très fréquentes, fait figure de pays pionnier dans ce domaine. Des propriétés de centaines d’hectares ont été trans-formées avec les principes de permaculture, comprenant des aménagements paysagers pour préserver l’eau notamment. Plus besoin de pompe, plus besoin d’électronique, plus besoin d’électricité ou de matériaux spéciaux. La permaculture prône bien sûr la low tech pour diminuer tant sa dépendance aux énergies fossiles qu’à l’usage de matériaux issus de filières peu respectueuses de l’homme et de l’environnement. La permaculture est donc une approche éthique globale.

– Pourriez-vous nous expliquer le principe de la “fleur permaculturelle” ?
– La permaculture est basée sur sept piliers représentés par les pétales d’une fleur. Vous y trouvez l’habitat, les outils et technologies, l’enseignement et la culture, la santé et le bien-être, la finance et l’économie, le foncier et la gouvernance, et enfin les soins à la nature et à la terre. Tous interconnectés, ces secteurs favorisent également la création d’emplois avec une réelle portée écologique, ainsi que la recherche. La permaculture ne se résume donc pas au jardinage ou à l’agriculture. C’est un projet de vie global avec, au cœur du modèle, la Terre, l’humain et le partage équitable des ressources. Ses principes sont applicables à l’échelle d’une famille, mais aussi à celle d’une société. Tout est une question de choix, de priorités et d’anticipation des be-soins. Consommer local demande une certaine organisation et a pour grands avantages de créer du lien et de favoriser une économie non délocalisée à l’autre bout de la planète.

– Vous avez créé une application pour aider les jardiniers amateurs à associer les fruits et légumes de manière idéale. Pourriez-vous nous expliquer en quoi cela consiste ?
– Pour créer des jardins potagers abondants et diversifiés, notre équipe a conçu pour Natagora une application gratuite qui suggère des associations favorables de légumes et aromates. Vous y trouverez aussi toutes les informations sur le calendrier des plantations, les distances entre les semis, l’intérêt de la biodiversité pour chaque légume. Une carotte, par exemple, trouve idéalement sa place près de l’ail frais car leur complicité éloigne les mouches qui creusent des galeries dans les racines du tubercule. Cet outil présente de nombreux atouts techniques et des informations pour le jardinier qui sommeille en vous.

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