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Éric Jansen

09 March 2022

1. Éric Chauvin a complètement transformé une ancienne ferme du Perche. Lieu de détente, le domaine accueille une cabane en forme de yourte. © Eric Jansen

À quelques mètres de là, des Shetland et des lamas paissent tranquillement.

À quelques mètres de là, des Shetland et des lamas paissent tranquillement. © Eric Jansen

L’écurie est à présent dévolue à une vingtaine de chats. © Eric Jansen

L’écurie est à présent dévolue à une vingtaine de chats. © Eric Jansen

Eric Chauvin. © Eric Jansen

© Eric Jansen

Eric Chauvin. © Eric Jansen

Deux nids de cigognes installés par Éric. © Eric Jansen

Deux nids de cigognes installés par Éric. © Eric Jansen

Ne pas se fier au calme apparent dans l’ancienne écurie transformée en asile pour chats. S’ils sont en vadrouille par cette après-midi ensoleillée, les écuelles sont là pour témoigner de leur présence et de leur nombre… « Je dois bien en avoir une vingtaine, mais tous n’ont pas le droit d’entrer dans la maison. » Éric Chauvin éclate de rire devant notre air effaré. Et ce n’est qu’un début ! Son domaine dans le Perche est une véritable arche de Noé. Autour des différents corps de ferme s’étendent douze hectares de prés et de bois. Dans un enclos, des Shetland accourent à son approche, habitués aux carottes qu’il sort de sa poche. « Ils s’appellent Enzo, Elsol, Pâquerette et Happy Désirée. Et à côté, il y a les ânesses Ébène et Esther, elles sont demi-sœurs. » Mais le meilleur reste à venir : dans l’enclos voisin, les lamas Java et Jim, et l’alpaga Jorge tendent le cou pour avoir aussi droit à une friandise. Éric Chauvin affiche un large sourire et dans ses yeux brille l’émerveillement de l’enfant.

Les nombreux hectares ont permis au fleuriste de planter des centaines de pieds de pivoines. © Eric Jansen

Les nombreux hectares ont permis au fleuriste de planter des centaines de pieds de pivoines. © Eric Jansen

Bien qu’il avoue son âge – « Je suis en pleine crise de la cinquantaine » –, le célèbre fleuriste parisien semble n’avoir pas pris une ride depuis ses débuts, lorsque la presse l’avait baptisé « le Petit Prince des fleurs« . Éric Chauvin ouvrait en 2000 sa première boutique dans le 7e arrondissement et très vite sa notoriété avait grandi. Quelques femmes du monde étaient tombées sous le charme de ce jeune homme au physique romantique, dont la douceur, la délicatesse, étaient le parfait écho à ses bouquets poétiques et gracieux. Roses de jardin touchantes de naturel, brassées de pivoines généreuses, pois de senteur évanescents et doux, chaque composition diffusait une impression de légèreté informelle. Vingt ans plus tard, le fleuriste a toujours la même réputation d’excellence, mais son champ d’action est international. Très vite, les maisons de mode lui ont demandé de concevoir les décors éphémères de leurs défilés, puis les commandes spéciales sont arrivées : il fleurit le mariage du prince Albert de Monaco avec Charlene, en 2011, ou celui d’Andrea Casiraghi et Tatiana Santo Domingo, dans la petite église de Rougemont, en 2014. « J’avais installé au-dessus des mariés une tonnelle de glycine. À l’extérieur, l’auvent était couvert de roses, de jasmin, d’hellébores, et il s’est mis à neiger juste avant la cérémonie, c’était magique. »

Au fil des années, Éric Chauvin est devenu le spécialiste des décors floraux hors norme : ainsi vient-il d’imaginer pour le mariage d’une Japonaise cinq mises en scène différentes, sur le thème de Marie-Antoinette, dans un Opéra Garnier privatisé pour… six personnes ! Une certaine idée du luxe. Dans un autre genre, et toujours aussi luxueux, il a composé la décoration florale du dîner donné par le cheikh Hamad bin Abdullah al-Thani, lors de l’inauguration de son exposition à l’Hôtel de la Marine. « Il est extrêmement raffiné et ne souhaitait que des fleurs vertes, en accord avec le vert des tentures des murs. » Le lendemain, Éric recréait un jardin à la française dans le Petit Palais, avec force topiaires, pour un client indien qui souhaitait une ambiance « Versailles« . Quelques jours plus tard, il s’envolait pour Doha, où Cheikha al-Mayassa l’avait appelé afin qu’il imagine un concept de bouquet à décliner toute l’année dans ses bureaux… Bientôt, il sera à Venise pour un dîner entre grands collectionneurs au moment de la Biennale.

Une piscine habillée de béton relie 2 corps de ferme. © Eric Jansen

Une piscine habillée de béton relie 2 corps de ferme. © Eric Jansen

Est-ce pour ne pas perdre pied dans ce tourbillon de riches et puissants que le Petit Prince s’est construit un univers bien ancré dans la terre, loin de toute représentation mondaine ? « Il y a un peu de ça, mais la nature est aussi mon ADN. Je suis fils d’agriculteur, j’ai grandi à la campagne, près d’Angers. » Déjà à Paris, Éric Chauvin a eu la chance de trouver une maison avec un jardin, mais son désir de verdure était plus vaste… « J’avais un besoin d’arbres ! Quand je suis arrivé ici, il n’y en avait pas un seul. C’étaient des champs de céréales. En neuf ans, j’ai dû en planter 10 000… » Son luxe à lui. E

© Eric Jansen

t il poursuit cette vision sublimée de la nature, en créant un étang pour y voir glisser des canards, transforme un manège ancien en poulailler – « mais cela me faisait mal au cœur de voir ces poules en cage, alors je les ai libérées… » – et construit une cabane en forme de yourte – « un rêve d’enfant, pour y prendre un verre devant un feu de bois ». Les céréales d’antan laissent aussi la place à des rangées de pivoines et une vaste serre est construite pour abriter 600 roses Piaget. « Ma préférée ! En fonction des saisons, il y a aussi des tulipes et des dahlias. »

Poutres apparentes, grille-paravent dans le goût de Royère et tableau de Bernard Louette. © Eric Jansen

Poutres apparentes, grille-paravent dans le goût de Royère et tableau de Bernard Louette. © Eric Jansen

Moules industriels, bar italien et toile de José Esteves. © Eric Jansen

Moules industriels, bar italien et toile de José Esteves. © Eric Jansen

Console en bois massif et plaques de métal aux murs. © Eric Jansen

Console en bois massif et plaques de métal aux murs. © Eric Jansen

Table dressée avec la rose Piaget, des assiettes peintes de Fassianos et une argenterie Puiforcat. Au mur, un tableau d’Eduardo Jonquieres. © Eric Jansen

Table dressée avec la rose Piaget, des assiettes peintes de Fassianos et une argenterie Puiforcat. Au mur, un tableau d’Eduardo Jonquieres. © Eric Jansen

Dans une chambre d’amis, une œuvre d’Alekos Fassianos. © Eric Jansen

Dans une chambre d’amis, une œuvre d’Alekos Fassianos. © Eric Jansen

© Eric Jansen

© Eric Jansen

Cependant, il ne faudrait pas croire que ce retour à la terre s’accompagne d’un mode de vie rustique. Si la ferme et ses dépendances menacent ruine lorsqu’Éric s’en porte acquéreur en 2013, il n’est pas question de renoncer au confort moderne. Le chantier sera d’envergure, mais le nouveau maître des lieux entend joindre charme de l’ancien et esthétique contemporaine. Ainsi, aidé de l’architecte Justine Fourrier, il métamorphose la grange en salon cathédrale avec charpente apparente et mezzanines en acier pour desservir les chambres, tapisse les murs de plaques de métal et créé une piscine couverte habillée de béton, pour rejoindre un autre bâtiment dévolu aux amis. Une décoration un rien brutaliste réchauffée toutefois par les nombreux meubles vintage achetés aux Puces, en ventes aux enchères ou chinés chez les brocanteurs de la région, l’autre grande passion d’Éric. « Je n’arrête pas d’avoir des coups de cœur et de faire tourner les choses. » Pour l’instant, au salon, cohabitent sans heurt les fauteuils Todo Modo de Jean-Michel Wilmotte, un paravent monumental tout à fait dans le goût de Royère, des canapés au glamour très 1940 et une table de Mangiarotti. Aux murs, même éclectisme avec des œuvres d’Eduardo Jonquieres, Bernard Louette, Jacques Marly, José Esteves ou encore Alekos Fassianos qu’Éric a bien connu.

Le résultat est une maison de campagne vivante, chaleureuse et en phase avec notre époque, loin du cliché traditionnel. On comprend pourquoi le fleuriste, toujours en vadrouille, vient s’y ressourcer dès qu’il le peut et aime y recevoir ses amis pour le week-end. « Il y en a toujours un qui veut faire les brocanteurs de Bellême. » La virée se termine inévitablement par de nouveaux achats, mais celui dont Éric est le plus fier n’a rien d’une antiquité. « Je viens d’acheter une petite jument de race Fjord. J’ai toujours eu envie de monter à cheval, mais j’avais peur quand j’étais enfant. Aujourd’hui, à cinquante ans, je veux vaincre cette peur ! » Le Petit Prince grandit…

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