Stéphane Lémeret
06 January 2026
L’histoire d’Alpine commence dans l’immédiat après-guerre, quand Jean Rédélé, le tout jeune concessionnaire Renault de Dieppe, décide de bricoler sa modeste 4CV pour en faire une voiture de course. Les victoires ne tardent pas à s’enchaîner, des Mille Miglia au Critérium des Alpes, et l’ingénieux entrepreneur comprend alors qu’il tient là bien plus qu’un passe-temps. En 1955, il fonde sa propre marque, qu’il baptise Alpine en hommage à ses exploits dans les Alpes. La première voiture s’appelle A106. Elle s’appuie sur la mécanique de la 4CV, mais c’est déjà une sportive à part entière, qui affiche les valeurs fondatrices de la marque : légèreté, précision, vivacité.

Jean Rédélé © RENAULT COMMUNICATION – DR
Au fil des années 1960, le jeune constructeur élabore tranquillement son mythe. L’A110 “Berlinette” devient la compagne de toutes les routes sinueuses, et la France (re)découvre qu’elle peut elle aussi faire rêver le petit monde de l’automobile sportive. En 1973, Alpine décroche le premier titre constructeur du Championnat du monde des rallyes, avant de s’imposer aux 24 Heures du Mans quelques années plus tard. Ces exploits gravent à jamais dans la mémoire collective le nom de la petite marque normande.
Puis vient le temps des doutes. Avec ses modèles suivants (A310, GTA et A610), Alpine peine à doter sa production de la qualité de finition attendue par la clientèle courtisée, la même que celle des irréprochables Porsche. Renault, devenu propriétaire de la marque, tente de sauver le navire, sans succès. En 1995, Alpine disparaît et l’on pensait que le rideau était tombé pour toujours !
© Alpine
Au XXIᵉ siècle, la légende se réveille ! Alpine ressuscite, avec une nouvelle A110. Sa recette n’invente rien, mais reste d’une infinie saveur : des proportions contenues, un poids plume, un moteur raisonnable et un sens du plaisir mécanique pur, presque disparu partout ailleurs. En 2018, la Berlinette revient sur les routes et séduit les puristes. Elle prouve que la simplicité a toujours sa place dans l’univers de la voiture sportive. Alors que la déjà légendaire A110 s’apprête à quitter la scène, laissant une parenthèse de quelques moins (ou années ?) avant l’arrivée de son héritière, Alpine s’est entretemps attachée à développer sa gamme. Après la citadine électrique A290, sacrée “Voiture de l’année 2025”, la marque a choisi le symbole de son 70e anniversaire pour franchir une toute nouvelle étape de son histoire…
Il fallait oser ! Pour la première fois, Alpine s’adresse en effet aux familles. L’A390 n’est pas seulement le premier modèle à cinq portes de la marque, c’est aussi son premier crossover et, surtout, sa première vraie voiture de “grande diffusion”. Un aveu de renoncement ? Voyons voir…
Sous ses lignes élégantes, musculeuses et, par certains détails, typiquement Alpine, ce coupé surélevé – un crossover que le constructeur décrit comme “fastback” – cache une architecture 100% électrique. Ces derniers mots en feront probablement pleurer certains, mais que l’on ne s’y trompe pas : les ingénieurs de Dieppe ont réalisé un travail remarquable.
© Alpine
© JARNOUX MAURICE
L’A390 existe en deux versions, GT et GTS, développant respectivement 400 et 470 chevaux, pour des autonomies comprises entre 520 et 555 kilomètres. C’est relativement conséquent et c’est, bien sûr, synonyme de lourdes batteries. Oui, l’A390 accuse quelque 2,1 tonnes à la pesée. Pourtant, si difficile à croire que ce soit, elle conserve cet ADN d’agilité. C’est là que réside la prouesse ! Sur route, la voiture parvient à masquer son poids avec une aisance confondante. Sa direction vive, son équilibre précis, sa capacité à enchaîner les virages avec appétit sont tout simplement exaltants ! Par ailleurs, les ingénieurs ont réglé la suspension de manière à offrir deux visages à l’A390 : confort feutré en mode “Normal”, et une fermeté assumée en mode “Sport”. Ambiance assurée !
À bord, on découvre un habitacle sobre mais accueillant, où l’essentiel reste centré sur le conducteur. Les passagers, eux, profitent enfin d’un espace et d’un coffre dignes d’un usage quotidien, une première dans l’histoire de la marque, qui s’était précédemment juste essayée au coupé 2+2. En clair, l’A390 conjugue passion et raison, sans trahir aucune de ses notions.
Du point de vue de l’essayeur, l’A390 coche donc une foule de bonnes cases. Mais ce qui compte pour assurer une belle carrière à une automobile, c’est le point de vue du marché. Or, le constat est sans appel : les sportives électriques ont encore du mal à trouver leur public. Mais peut-être n’y a-t-il pas meilleure marque pour changer la donne que celle fondée il y a 70 ans par un jeune Normand obstiné de Dieppe ? Nous verrons cela dans quelques mois… D’ici-là, nous vous invitons à avoir la curiosité d’essayer l’A390 !
Photo de couverture : © Alpine
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