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Keyrock : 8ᵉ licorne belge, première en crypto

CryptomonnaiesEntrepreneuriatSociétéStart-up

Martin Boonen

20 July 2026

Keyrock

Fondée à Bruxelles en 2017, la scale-up Keyrock vient d’atteindre une valorisation de 1,1 milliard de dollars, à l’occasion d’une levée de fonds menée par la banque britannique Standard Chartered. Elle devient ainsi la 8ᵉ licorne belge et la toute première issue de la crypto-finance. Rencontre avec son cofondateur et CEO Kevin de Patoul.

Dans l’univers de la finance numérique, Keyrock exerce un métier discret mais essentiel : celui de teneur de marché (market maker). La société achète et revend en continu des actifs numériques sur plus de 2000 marchés à travers le monde, assurant la liquidité indispensable au bon fonctionnement des échanges. Sans cette activité, les transactions seraient instables, les prix erratiques et les grandes institutions resteraient à l’écart. Présente dans trente-sept pays et forte de plus de 200 collaborateurs, l’entreprise bruxelloise s’est progressivement diversifiée vers le trading de gré à gré, les produits dérivés et, plus récemment, la gestion d’actifs, tout en se dotant d’enregistrements réglementaires en France, au Royaume-Uni et au Liechtenstein. Elle avait notamment levé 72 millions de dollars fin 2022, à contre-courant d’un marché en plein effondrement après la chute de la plateforme d’échange de cryptomonnaies FTX.

Les fondateurs de Keyrock © Keyrock

Une conviction fondatrice

Diplômé en business engineering et passé par le cabinet Roland Berger, Kevin de Patoul a fondé Keyrock avec Juan David Mendieta et Jeremy De Groodt sur une intuition radicale : “Le point de départ, c’est que tous les actifs vont être digitaux”. Une thèse qu’il défend depuis huit ans et que la finance traditionnelle, longtemps dubitative, semble désormais valider. “Ce discours est aujourd’hui repris par les plus grands patrons de la finance mondiale”, observe-t-il, citant les CEO de Goldman Sachs et de JP Morgan. Stablecoins, fonds “tokenisés” lancés par BlackRock, Franklin Templeton ou Fidelity : la digitalisation des actifs gagne du terrain. Pour illustrer concrètement l’apport de la blockchain, le dirigeant aime prendre l’exemple d’une action boursière que l’on voudrait acheter en dehors des heures d’ouverture des marchés : “C’est mon argent, c’est votre action, et la transaction est impossible”. Sur la blockchain, le même titre, soumis aux mêmes protections légales, pourrait s’échanger en quelques secondes.

La question belge

L’entrée au capital de Standard Chartered consacre cette approche institutionnelle bâtie sur une exigence rare de conformité réglementaire dans un secteur longtemps réputé pour son opacité. Le statut de licorne, lui, ne change rien pour les fondateurs. “Pour moi, on est au tout début, confie Kevin de Patoul. Aujourd’hui, entre Keyrock et les plus grosses institutions financières du monde, il y a encore un facteur de croissance considérable.” Reste la question de l’ancrage belge. Le CEO concède que Bruxelles n’est pas un hub financier majeur, mais il y voit un terrain viable pour continuer à construire, à condition d’y trouver des autorités favorables à l’innovation. Pour combien de temps ? “Si un jour 90% de nos clients se trouvent ailleurs, nous nous adapterons.” Pour l’heure, Keyrock s’inscrit dans une dynamique inédite pour la tech belge, qui a vu trois nouvelles licornes émerger en l’espace de quelques mois, après I-care en décembre dernier et Aikido Security en janvier.

Photo de couverture : © Keyrock

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