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Corinne Le Brun

12 July 2023

L’idée de lui confier le défi, partir en Terre sainte, pour en rapporter un carnet de voyage est venue du Vatican, en la personne de Lorenzo Fazzini, en charge de la maison d’édition du Saint-Siège. Dans la postface de Le défi de Jérusalem, le pape François remercie l’écrivain profane d’être « un pèlerin parmi les pèlerins » en Terre sainte. Eric-Emmanuel Schmitt vivra sa troisième nuit de feu, à Jérusalem en passant par Nazareth. Un livre-témoignage d’une expérience spirituelle, aujourd’hui.

© Afif H. Amireh

Eventail.be – Entre la révélation à Tamanrasset et l’écriture du Défi de Jérusalem, quel chemin spirituel avez-vous parcouru ?
Eric-Emmanuel Schmitt –
Dans le désert du Hogar, j’ai reçu la foi. Étant athée, je n’ai pas rangé cette expérience spirituelle dans un cadre religieux. Cette révélation a provoqué une curiosité pour tous les mystiques, quelle que soit l’obédience. Je me suis trouvé des frères et des sœurs dans des mystiques orientales, juives, chrétiennes, de toutes les époques. Les mystiques ont une écriture fraîche. Tout élément dogmatique disparaît. Ils sont condamnés à la poésie. Je pensais que tout cela ne finirait dans aucune religion. Il se trouve qu’une nuit, j’ai lu les quatre Evangiles. J’ai alors 31 ans. Je suis bouleversé par cette histoire d’amour comme liant qui devait remplacer la peur et l’intérêt. Je trouve cela fascinant. Je me mets à travailler le christianisme dans tous ces aspects.

© Afif H. Amireh

– Peut-on parler d’une conversion?
C’est un travail alchimique. À travers ces recherches, quelques années plus tard, j’entends les deux réponses qui font le chrétien : l’incarnation et la résurrection. C’est une conversion lourde, lente comme une vague de fond. Et progressivement, j’en prends conscience. Comme si les Evangiles avaient instillé en moi quelque chose qui me transformait et que j’accompagnais d’un travail intellectuel. À Jérusalem, ce christianisme intellectuel va devenir charnel, profond, aigu.

– À quoi ressemblait Jérusalem dans votre imaginaire?
Avec L’Evangile selon Pilate (Ed. Albin Michel, 2000), j’avais déjà voyagé en imagination sur la Terre sainte. Il y avait un gros malentendu. J’avais une image céleste de Jérusalem, à travers la musique religieuse. Jérusalem est à la fois une ville verticale et horizontale. C’est là que les trois monothéismes vivent un moment essentiel dans leur constitution, Jérusalem est le lieu de trois pèlerinages. Dieu a dit de façon verticale « Entendez-moi ». Mais aujourd’hui, Jérusalem tient un discours horizontal où Dieu dit « Entendez-vous ». Soyez frères et non pas fratricides. On a oublié le frère qui a son origine commune. C’est par cette humilité originelle et commune qu’on peut redevenir frères. Jérusalem est la ville qui nous défie de faire la paix. Le souci de l’altérité, de la générosité, de l’altruisme est chevillé au cœur de ces trois religions. Elles disent le contraire de ce qu’on en fait. Une des solutions est de devenir plus spirituel. La spiritualité est une issue et pas du tout un complément confortable de la vie. Seule la spiritualité peut nous élever, nous rendre humbles et plus frères. Je vois le chemin. Je suis un optimiste tragique. L’homme ne progresse qu’à travers les drames, les cataclysmes et les guerres. Je ne vois pas dans l’histoire un progrès par la volonté du bien mais par la volonté d’échapper au pire.

«Le défi de Jérusalem» de Eric-Emmanuel Schmitt. Ed. Albin Michel

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L'été de la spiritualité

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Livre

Le défi de Jérusalem

Auteur

Eric-Emmanuel Schmitt

Éditeur

Éditions Albin Michel

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