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La réalisatrice Mélisa Godet a choisi de mettre en avant les soignants dans « La Maison des femmes »

CinémaFilmInterview

Corinne Le Brun

04 March 2026

Créée en 2016 par le docteur Ghada Hatem, La Maison des femmes autorise le dépôt de plainte depuis 2018. Mélisa Godet gagne un pari, celui de réaliser une fiction – et un premier long métrage – sur un sujet grave qu’on aurait tendance à mettre sous le tapis. Avec humour et une certaine légèreté.

À La Maison des femmes de Saint-Denis, en France, on soigne les femmes victimes de violences. Parce que menacées, brutalisées, violées, mutilées et leurs souffrances ignorées, elles sont écoutées par une équipe de professionnelles médico-sociale. Diane, Manon, Inès, Awa et les autres soignantes se battront en équipe jusqu’au bout. Quitte à risquer leur propre équilibre.

Eventail.be – Pourquoi une fiction ?
Mélisa Godet – J’écris des histoires depuis toujours. Je ne suis pas sûre que je saurais faire un bon documentaire, c’est un autre métier. J’adore le film choral. Il y avait l’espace pour une fiction qui porte quelque chose, un film qui serait lumineux et accessible. C’est important que le plus grand nombre possible puisse voir ce sujet qu’on n’a plus envie de laisser sous le tapis. Pouvoir avoir un casting connu, reconnu et de grand talent est aussi important. En dépit d’un sujet aussi lourd, les actrices apportent aussi des notes d’humour et de légèreté.

– Selon vous, parle-t-on suffisamment de la Maison des femmes ?
On parle certes de ce qui se passe autour de ces violences faites aux femmes et aux enfants mais ce n’est pas du tout à la hauteur de à quel point ces problématiques sont massives dans nos sociétés. Une femme sur deux, dans sa vie, subira un viol, une tentative de viol, ou une agression sexuelle. C’est énorme. Le phénomène est massif, malgré la structure existante : 32 Maisons de femmes en France, une en Belgique (1) et une au Mexique.

© DR

– Le film se déroule pendant la pandémie de Covid-19
La pandémie a montré à quel point nos soignantes et soignants sont indispensables, à quel point, aussi, ils sont maltraités. Ce fut une catastrophe pour les Maisons des femmes parce que les salles étaient vides. Les patientes se sont retrouvées enfermées chez elles sans possibilité de voir des médecins ou de parler à quelqu’un. Dans ce domaine, il ne faut pas grand-chose pour que les avancées deviennent des reculs. Au moindre choc politique, conjoncturel, économique ou sanitaire, les droits des femmes et des enfants sont mis en péril. Si on n’avance pas, on recule. Donc, gardons les yeux ouverts.

– La Maison des femmes de Saint-Denis fête ses dix ans. Toutefois, elle rencontre des difficultés de recrutement
Les premières professionnelles de la santé arrivent à six, sept, huit ans d’activité. Ce sont des métiers qui essorent les soignantes et qu’on ne peut pas exercer pendant 25 ans. C’est trop difficile. Et donc, certaines Maisons sont arrivées à ce moment où il faut renouveler les équipes. Le métier de soignante dans les Maisons des femmes n’est pas attirant. Il l’est pour la mission qu’on se donne et qui est magnifique. Le problème, c’est comment on traite nos soignants en règle générale. En plus, ils sont mal payés.

– La Maison des femmes est un guichet unique et pluridisciplinaire
C’est une création d’un modèle qui n’existait pas. Et pourtant, ça tombe sous le sens de se dire que, quand on est victime de violences, on ne peut pas pousser vingt-cinq portes les unes après les autres pour à chaque fois changer d’interlocuteur et dire ce qui nous est arrivé. Mais de trouver dans un seul endroit l’oreille ouverte est une évidence. Outre les soins médicaux, il y a aussi des ateliers de création, des groupes de paroles…C’est bien cette idée révolutionnaire qu’a eue Ghada Hatem, une gynécologue obstétricienne franco-libanaise. Elle est passée par plein d’hôpitaux dans des coins très différents avec des sociologies très particulières. Elle a pu se rendre compte à quel point les femmes étaient liées par une chose : toutes sont sur un pied d’égalité concernant les violences. C’est très important et le film le montre. Ces problématiques ne concernent ni un milieu, ni une origine, ni une condition socio-professionnelle. Toutes les femmes sont concernées et de tous les âges.

© DR

– Les Maisons des femmes ont-elles aussi une mission préventive ?
Elles aimeraient pouvoir être encore plus dans la prévention et c’est ce qu’elles essaient de faire notamment en intervenant en milieu scolaire parce que le nerf de la guerre, c’est l’éducation. Leur rêve à ces soignantes, c’est qu’on n’ait plus besoin de Maisons des femmes. Dès lors, il faudrait pouvoir parvenir à éteindre les violences à la source. Et c’est là où l’éducation joue un rôle essentiel. Des classes de collégiens viennent à la Maison des femmes pour, ensuite, faire des sessions d’informations dans les collèges et les lycées. D’ailleurs, les enfants sont des covictimes : ils assistent à violence, toujours. Beaucoup ont grandi dans ce climat délétère. Lors des avant-premières du film, des enfants, filles comme garçons, nous parlent de ce qui est arrivé à leur maman.

– Une séquence du film met en scène le seul homme dans l’équipe soignante, qui, peut-être, ne serait pas censé comprendre les problématiques des femmes…
À la Maison des femmes de Saint-Denis, il y a deux praticiens hommes, un psychologue et un médecin sexologue. Ça change quelque chose pour ces patientes d’entendre de la bouche d’un homme que, en tant que médecin et homme, il considère ce rapport hommes-femmes pas normal, qu’il combat ce qu’on fait aux femmes. Le film ne s’oppose pas aux hommes. Il est contre les violences.

– Quels sont les besoins majeurs de la Maison des femmes ?
L’argent, tout simplement, et ce n’est pas rien. Les soignantes passent, à Saint-Denis comme dans les autres Maisons des femmes, beaucoup trop de temps à courir après l’argent plutôt qu’à soigner leurs patientes. C’est leur drame. Les délais de prise d’un premier rendez-vous s’allongent, jusqu’à quatre mois alors que des femmes viennent ou appellent en grande détresse. Les Maisons sont trop petites parce qu’il y a trop de patientes, parce qu’il n’y a pas assez de personnel, parce qu’il n’y a pas assez d’argent. Donc le nerf de la guerre, c’est l’argent.

(1) : Le projet inspire jusqu’en Belgique, puisque le lancement de la première Maison des Femmes, rattaché au centre hospitalier de Saint-Denis, a conduit quelques années plus tard à la création du Centre 320, composé de trois entités, rue Haute, au sein du CHU Saint-Pierre, à Bruxelles. Le projet de la construction de « La Maison des femmes », en un seul lieu à Bruxelles, est lancé.

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Du 06/12/2025 au 12/07/2026

Informations supplémentaires

Film

La Maison des Femmes

Réalisation

Mélisa Godet

Distribution

Karin Viard, Laetitia Dosch, Eye Haidara

Sortie

En salles, le mercredi 4 mars 2026.

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