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Une Berlinale sans strass ni paillettes

4 / 4 épisodes

Berlinale2023

Marcel Croës

27 February 2023

Les jurys de la Berlinale se singularisent volontiers par des choix déconcertants. En 2019, l’Ours d’or était attribué à Synonymes de l’Israélien Nadav Lapid, dont on n’ a plus jamais entendu parler. Récompensé en 2022, Alcarràs de l’Espagnole Carla Simon n’a fait en Europe qu’une sortie confidentielle. Qu’en sera-t-il de Sur l’Adamant, le lauréat de cette année ?

Signé Nicolas Philibert, le film a été tourné sur une péniche amarrée sur la Seine au coeur de Paris : on y soigne des adultes atteints de troubles mentaux. Je rappelle que depuis quelques années le festival a décidé d’accueillir en compétition tous les genres cinématographiques : fictions, documentaires ou films d’animation. Le jury présidé par l’actrice américaine Kristen Stewart ne pouvait s’illusionner : un film comme Sur l’Adamant est nécessairement voué à une diffusion restreinte. Mais je vois cette attribution de l’Ours d’or comme une sorte de proclamation : il s’agit de confirmer l’orientation politique et sociale de la Berlinale.

En témoignent également les prix d’interprétation. À Berlin, on ne récompense plus, comme dans d’autres festivals, la meilleure interprétation féminine et masculine : on salue « la meilleure performance ». Ainsi, l’Ours d’argent en question est allé à une comédienne de huit ans qui dans le long métrage espagnol Vingt mille sortes d’abeilles incarne un garçonnet réclamant que sa famille le traite comme une fille. Le thème des transgenres est décidément devenu très tendance. L’Ours d’argent du meilleur second rôle a récompensé le travail d’une comédienne trans : l’Autrichienne Thea Ehre est l’héroïne d’une love story allemande, intitulée Jusqu’au bout de la nuit, où elle tombe amoureuse d’un policier gay. J’ai fini par avoir l’impression que toutes les revendications actuelles se trouvaient illustrées à cette Berlinale, comme dans un catalogue : féminisme, identité sexuelle, antiracisme, inclusion, diversité, dénonciation de la masculinité toxique, political correctness  

© Sandra Weller/Berlinale 2023

L’esprit de sérieux a donc régné sur cette 73e édition. Ajoutons-y l’angoisse suscitée en Allemagne par l’interminable guerre d’Ukraine. L’atmosphère n’ a été que brièvement allégée par la présence de quelques vedettes : Anne Hathaway, Willem Dafoe, Helen Mirren, Cate Blanchett, John Malkovich. Et surtout, il y a eu la brève visite de Steven Spielberg qui a tout de même réussi à faire perdre la tête aux Berlinois. Son dernier film, The Fabelmans, rappelle qu’il est encore possible de faire du cinéma grand spectacle sans tomber dans la vulgarité ou l’abus des effets spéciaux.

Pour moi, deux titres se détachent de cette semaine passée dans la capitale allemande. Afire (Le Ciel rouge), une comédie dramatique de Christian Petzold sur les problèmes existentiels et autres d’un groupe de copains en vacances au bord de la Baltique. Avec l’exquise Paula Beer, la nouvelle muse du cinéaste. Et Past Lives de l’Américaine Celine Song (scénario et mise en scène) : une émouvante histoire sur les retrouvailles à New York, après vingt ans de séparation, de deux amis d’enfance qui s’étaient connus en Corée. Le film a fait un triomphe au Sundance Festival. Ne le manquez pas quand il sortira chez nous.

Photo de couverture : © Richard Hübner/Berlinale 2023

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