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Stéphane Lambert : « L’écriture était le seul lieu où je pouvais me réfugier »

InterviewLittératureNoëlStéphane Lambert

Corinne Le Brun

07 December 2022

Des livres à mettre sous le sapin – Ils font toujours sensation pour les fêtes de fin d’année. Voici trois romans qui devraient ravir plus d’un ! On commence avec “L’Apocalypse heureuse” (Prix Rossel 2022) de Stéphane Lambert.

Dans L’Apocalypse heureuse, Prix Rossel 2022, l’écrivain revient sur ses traumatismes d’enfance. Une enfance abusée, une adolescence brisée, une famille qui vole en éclat. Une vie, devenue comme une bête sauvage. Quelque chose dit en lui qu’il doit revoir ce qui s’est passé, rassembler. Stéphane Lambert creuse le sillon de l’introspection. Son regard d’homme d’aujourd’hui, avec les sensations intactes du garçon qu’il était hier. Dans L’Apocalypse heureuse, l’écrivain bruxellois revient sur son passé d’enfant abusé sexuellement puis le difficile et lent cheminement vers l’âge adulte. Ce noyau émotionnel, Stéphane Lambert le raconte de manière sensible et lucide, à juste distance entre le réel et sa mise en fiction. Un récit intime, organique, exigeant. Rencontre avec l’auteur, à Bruxelles.

Eventail.be – Qu’est-ce qui vous a décidé à écrire ce livre, aujourd’hui ?
Stéphane Lambert – Je l’avais en tête depuis un bout de temps. Je voulais écrire tout un pan que je n’avais pas encore traité dans mes livres autobiographiques précédents : le silence qui a suivi cette affaire et comment les années de l’adolescence ont été dévastatrices par rapport à mon entrée dans la vie adulte. C’était logique que je ne parvenais pas à écrire ce livre rapidement parce que je ne pouvais pas mesurer les dommages. Il fallait que je vive. Une crise de milieu de vie a fait que je me suis mis à écrire cette période du passé. L’écriture m’aide à vivre. À me comprendre, à cheminer, à me construire. C’était nécessaire pour moi pour de sortir de ce chaos que je traversais, d’essayer de mettre ça par écrit et de reprendre la main. En allant chez mon thérapeute, j’ai reconnu l’immeuble, là même où, trente ans plus tôt, les gestes de mon abuseur envers moi ont commencé. Cet épisode a été le point de départ de mon livre. Le récit se mettait en place malgré moi.

– Quel a été le cheminement de ce récit ?
Il s’est passé un séisme en écrivant ce livre puisqu’il y a eu les retrouvailles avec mon père que je n’avais plus vu depuis vingt et un ans. Il a réapparu alors qu’il était au centre de ce que j’écrivais. La raison pour laquelle il avait disparu, c’était cette histoire d’abus. Longtemps après, on en avait parlé. Il avait fait comme si c’était une histoire qui ne le concernait pas. C’est très violent à vivre. Il a réapparu à un moment où il n’avait plus que quelques mois à vivre. Je lui avais écrit une lettre, posée sur mon bureau. Il s’est produit une synchronicité entre son côté et le mien. Je dédie mon livre à mon père. Même s’il n’est plus là pour le voir, c’est une manière d’accepter son héritage, de m’inscrire dans sa lignée. C’est tout le chemin d’une vie.

– La séparation de vos parents semble être aussi traumatisante que l’abus sexuel…
Je ne peux pas séparer les deux. La douleur, pas encore apaisée, par rapport à la séparation de mes parents est liée aussi au fait qu’elle n’a pas eu lieu au moment de l’abus. Si mes parents, peut-être, n’ont pas été aptes à réagir à ce moment-là, c’est parce que déjà ils étaient dans une forme de crise de leur côté. Quand on est enfant, on ne peut pas faire ce genre d’analyse. Il y a une part de mes parents qui m’échappe. Ils ont leur histoire propre. Déjà au moment des abus, il y avait une forme de fracture entre eux.

© Éditions Arléa

– Comment êtes-vous sorti du silence ?
J’ai gardé le silence pendant sept ans. Impossible d’en parler au moment des faits, j’avais dix ans. C’est très rare les enfants qui parlent, s’ils ne sont pas interrogés. À force de non-dit, j’ai parlé. Cela a explosé. Je m’étais aussi confié à une amie intime. Il le fallait. À l’adolescence, il y a une forme d’étouffement dans le non-dit. Au moment des faits, il n’y a pas eu de violence physique mais je n’avais pas déconstruit ce traumatisme. Je n’ai jamais fait de recherche sur mon abuseur. Mais ce fut violent d’apprendre qu’il avait des dizaines de proies et fait plusieurs fois de la prison. Parce que, en fait, il tisse sa toile autour de l’enfant et vous avez l’impression que c’est une histoire privilégiée. Sans doute, il y avait déjà dans ma famille un problème de communication et d’affection qui permettait qu’il prenne une place dans ma cellule familiale. Comme il n’y a pas eu de répondant, j’ai mis toutes mes espérances dans les livres. Cette histoire qui m’a forcé à être dans le non-dit pendant mon adolescence m’a amené vers l’écriture qui était le seul lieu où je pouvais me réfugier. Il y a une forme de recherche de l’ordre romanesque même si la matière est réelle et vécue. Tout est vrai. C’était un projet d’écrire trois livres autobiographiques dont L’Apocalypse heureuse serait un peu la pièce finale(1).

Le consentement de Vanessa Springora a libéré la parole. Comme la vôtre ?
Je l’ai lu pendant l’écriture de mon livre. L’affaire Matzneff a percé l’abcès. Une partie du milieu l’a soutenu pendant quarante ans. Il n’a jamais été poursuivi, il a fait la promotion de la pédophilie dans ses livres. Dans les années 80, on ne voyait pas le drame qu’elle représente en réalité. Vanessa Springora est la première personne qui a osé parler. Les réactions ont été très violentes à son égard. Heureusement, elle a été soutenue par la vague #MeToo. Sa parole a pu être entendue, elle n’était plus l’enfant qui était à bannir. On l’écoutait. Sa résistance m’a donné l’envie d’aller jusqu’au bout même si la douleur n’est pas apaisée.

– L’Apocalypse heureuse…Vous avez trouvé de l’apaisement?
Ce n’est pas clos. C’est comme une espèce de rivière, aux chemins tortueux et plus calmes. Il y a une barrière de feu qu’il faut traverser. J’espère y arriver avec ce livre. Je pense que son écriture a changé ma disposition par rapport au monde. J’arrive à avoir systématiquement une mise à distance, une régulation par rapport à des choses qui, avant, auraient dû m’abattre et que je vivais de manière très compliquée. C’étaient des empêchements et, aujourd’hui, j’arrive à passer au travers. Le livre est aussi la formalisation d’un cheminement.

1 :  Mes morts (Le Grand Miroir, 2007. Réédition Espace Nord, 2015), Mon corps mis à nu (Les Impressions nouvelles, 2013)
2 : Le consentement, Vanessa Springora, Ed. Grasset, 2020.

Photo de couverture : © Éditions Arléa

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Du 05/07/2024 au 23/02/2025

Informations supplémentaires

Livre

L’Apocalypse heureuse

Auteur

Stéphane Lambert

Éditeur

Éditions Arléa

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