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Simenon, flic et voyou : Michel Carly révèle l’envers du décor

LivrePolarSimenon

JC Darman

22 October 2025

Dans « Simenon au cœur du crime », Michel Carly livre une étude qui dévoile certaines relations ambiguës que le plus prolifique des romanciers de langue française a entretenu avec les services de police mais aussi, et là c’est plus inattendu, avec la pègre.

Cette étude constitue le dix-huitième (oui, vous avez bien lu 18e) ouvrage que l’écrivain, historien et scénariste belge Michel Carly consacre à Georges Simenon. Ses exégèses ont abordé tous les aspects de la vie et de l’œuvre du romancier avec bien sûr une attention particulière pour son personnage principal, héros de 75 romans : le commissaire Jules Maigret. Cela va des origines de l’auteur (Le Pays Noir de Simenon), à ses multiples voyages (Sur les routes américaines avec Simenon), sans oublier les relations féminines de cet homme marié deux fois qui affirmait avoir  « connu » dix mille femmes au cours de sa vie, dont Joséphine Baker (Simenon et les femmes, aujourd’hui quasiment introuvable en librairie). Ne sont pas oubliées les innombrables adaptations pour le cinéma et la télévision (Moteur ! Monsieur Simenon), ni les interprètes du fameux policier (Jean Gabin, Gino Cervi, Rowan Atkinson, Gérard Depardieu, Bruno Cremer et tant d‘autres).

Le dernier ouvrage de Michel Carly débute par l’évocation, on pourrait même dire la divulgation de la solide amitié qui unit Simenon, encore jeune journaliste à Liège, à un certain Deblauwe, proxénète, revendeur de drogue et assassin. Ce personnage réapparaîtra sous d’autres noms dans au moins quatre « Maigret« . Quand Simenon débarque à Paris en 1922, il a 19 ans. Il logera pendant plusieurs mois dans un hôtel miteux du mal famé boulevard des Batignolles. Cet environnement de bars louches et d’hôtels de passe hanté par des racoleuses et leurs souteneurs servira de toile de fond à au moins cinq autres « Maigret« . Dans les années 1930, avec l’arrivée des Corses le milieu change de visage et de méthodes. Ils font main basse sur la prostitution et la drogue mais ils ouvrent aussi des restaurants de prestige où les vedettes de la scène, de l’écran, du barreau et de la politique viennent s’encanailler au contact de la haute pègre. Pigalle devient le cadre d’un déchaînement de tueries entre bandes rivales. Simenon connaît bien ce bas-lieu criminel pour le fréquenter assidument. Il en fera le décor et l’ambiance de plusieurs de ses romans (par exemple, Maigret en 1934). Il s’acoquinera aussi avec le gangster corse le plus célèbre de l’époque : Jean-Paul Stefani qui finira abattu par un rival. Stefani servira de modèle pour personnaliser des malfrats que l’on retrouve dans La Patience de Maigret, La Colère de Maigret ou encore Maigret et l’indicateur.

Michel Carly © DR

Cette proximité avec le milieu n’empêchera pourtant pas Simenon de se faire rouler par un truand notoire qui lui fournira de fausses informations. Simenon les publiera dans Paris-Soir, ce qui lui vaudra de sérieux ennuis. Il aurait même été déculotté et fessé publiquement par des sbires au service de caïds furibards. Les premières visites de Simenon au mythique 36, Quai des Orfèvres à Paris constituent sans doute le moment crucial où l’auteur s’est plongé dans l’univers du crime. En 1931, dès la parution des premiers titres, les « Maigret » sont un succès (à la grande surprise de l’éditeur Arthème Fayard). Cet emballement des lecteurs et de la presse attire l’attention des enquêteurs du « 36 ». Xavier Guichard, le grand patron de la Police Judiciaire en personne, invite Simenon à venir découvrir le fonctionnement des services. En vérité, il avait constaté que les premiers « Maigret » étaient truffés d’erreurs factuelles et administratives et craignait que cela décrédibilise l’institution. Cette première visite marquera le début d’une réelle intimité de Simenon avec la PJ.

Il y rencontrera l’inspecteur Février qui lui servira de modèle pour incarner le subordonné préféré du commissaire : l’inspecteur Janvier. Il y fera aussi la connaissance du célèbre médecin légiste Charles Paul qui deviendra un ami très proche et dont l’expérience constituera une abondante source d’inspirations pour de nombreuses enquêtes du commissaire. C’est lui aussi qui servira d’exemple pour le docteur Pardon présent dans pas moins d’une trentaine de « Maigret« . À l’époque, ce docteur Paul jouissait d’un renom prestigieux ; il avait pratiqué près de 140 000 autopsies dont celle de Jean Jaurès, du Président Paul Doumer, de Landru et du gangster anarchiste Bonnot (à ce sujet, Michel Carly rappelle que les origines de la fameuse bande sont belges). La célébrité médiatique du docteur Paul tenait aussi à son éloquence, à sa capacité de vulgarisation et à un incroyable sens de l’humour (macabre, bien entendu). Il arriva fréquemment que ses contrexpertises réforment totalement les conclusions d’une enquête. Aperçu de ses interventions spectaculaires : dans l’affaire Landru, il démontra, combustion à l’appui, qu’il faut trente-six minutes pour consumer une tête vide et cent minutes pour un crâne entier avec cerveau, yeux et langue… Comme quoi, l’incroyable Boxhomania actuelle ne constitue pas vraiment un phénomène inédit.

Ce dernier ouvrage de Michel Carly contient encore bien d’autres anecdotes inconnues et informations fascinantes. On peut dire qu’il s’insère excellement dans l’extraordinaire engouement pour les affaires criminelles flagrant aujourd’hui dans tous les médias.

Avis aux directeurs de théâtre : Michel Carly travaille pour l’instant à l’adaptation pour la scène d’un roman « dur » de Simenon paru en 1958 et rendu célèbre par l’adaptation cinématographique qu’en fit Henri Verneuil avec Jean Gabin dans le rôle principal : Le Président.

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Informations supplémentaires

Livre

Simenon au cœur du crime

Auteur

Michel Carly

Éditeur

Weyrich

Sortie

Août 2025

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