Rédaction

24 September 2018

© Zvonock

De l'imagination il en a fallu une bonne dose à Thierry Debroux, le directeur du Théâtre royal du Parc, pour monter à sa manière la plus inattendue Les Fourberies de Scapin. La comédie-farce de Molière se déroule cette fois dans une atmosphère et un environnement de mai 68. Les comédiens ont les cheveux longs retenus par un turban autour du front, sont vêtus de jeans à patte d'éléphant et portent des lunettes rondes à verres teintés. Les actrices ont revêtu des tuniques à fleurs, des shorts et des bottes. La musique de scène comporte des tubes de l'époque comme Hey Jude (Beatles 1968) ou Satisfaction (Rolling Stones 1965). Le spectacle regorge de trouvailles de mise en scène pour le moins cocasses.

Au premier acte, ne voit-on pas Scapin grimper au sommet d'un lampadaire pour y brancher un rasoir électrique et se couper les poils des aisselles tout en devisant avec Octave et Léandre ? Tout cela dans le texte de Molière scrupuleusement respecté (avec néanmoins quelques petits rajouts de circonstance). La scénographie de Thierry Debroux, loin d'être sacrilège, s'inscrit intelligemment dans le génie frondeur de Molière. À la réflexion, le rapprochement avec l'esprit de mai 68 paraît du reste tout naturel.

 
© Zvonock 

Il faut se souvenir que Les Fourberies (tout comme L'Avare) ont été écrites pour être présentées, non pas à la cour et aux courtisans, mais à la ville et au peuple de Paris (au théâtre du Palais-Royal le 24 mai 1671). D'une certaine façon, la pièce est une ode à la jeunesse et à sa liberté (les jeunes gens s'épousent par amour et non plus par devoir filial). Elle peut aussi être considérée comme une critique de la bourgeoise (les pères, Géronte et Argante, engoncés dans leurs principes rigides et ridicules dans leur ladrerie).

 
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Une difficulté majeure à mettre en scène certains chefs-d'œuvre de Molière, comme Le Misanthrope, Tartuffe, Dom Juan ou encore Les Fourberies, consiste à trouver le comédien réunissant les nombreuses qualités requises pour tenir le rôle principal. Avec Othmane Moumen interprétant ici Scapin, le pari est totalement gagné. Ses multiples talents, dont une gestuelle étonnante, en font un Scapin exceptionnel.

 
© Zvonock 

Les autres comédiens ne sont pas en reste. Notamment Benoit Van Dorslaer (Géronte, très drôle au 2e acte, dans la scène des Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? ), Thierry Janssen (Argante), Simon Wauters (Silvestre) et Laure Godisiabois (Zerbinette et Nérine), tous parfaitement dans le ton burlesque de cette pièce inspirée pour bonne part par la commedia dell'arte. À nouveau une très belle réussite du Théâtre du Parc promise à grand succès comme le laisse présager l'enthousiasme du public le soir de la première.


Au Théâtre du Parc Bruxelles
 Rue de la Loi, 3,
1000 Bruxelles
jusqu'au 26 octobre
www.theatreduparc.be

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