Christophe Vachaudez
29 October 2026
Retour sur une trajectoire aussi inattendue qu’enrichissante, celle de la femme qui orchestre de main de maître l’événement le plus important du calendrier culturel en Belgique.
L’Éventail – Quel a été votre parcours ? Comment avez-vous pu intégrer la Foire des Antiquaires de Belgique ?
Beatrix Bourdon – Originaire de Knokke, j’ai étudié en internat à Bruges et au terme de ces sept années, je ne savais pas trop quoi choisir. Je me suis inscrite en droit, avant de réaliser que cette orientation ne correspondait pas à mes attentes. J’ai donc opté ensuite pour l’histoire et les relations internationales sans en avertir mes parents et j’ai intégré la KUL de Louvain. J’ai poursuivi ma formation en décrochant un master en Études américaines et un master en Études d’Europe de l’Est. Je me suis finalement retrouvée à Bruxelles où ma cousine m’hébergeait et, bien évidemment, je voulais participer aux frais du quotidien. Je me suis donc mise à la recherche d’un job. À cette époque, je n’avais qu’une vague idée des différents courants artistiques et intégrer le monde des galeries et des maisons de ventes m’a beaucoup appris. Quand on m’a proposé un stage à la Galerie Moderne, j’avais d’abord décliné, avant d’accepter, sur les conseils de ma mère qui a eu bien raison de me persuader. Le contact avec les objets m’a permis de m’initier aux styles et de pouvoir distinguer une commode Louis XV d’une commode Louis XVI. Je n’en avais qu’une vague idée jusque là. Ces expériences successives furent extrêmement formatives et m’ont fait découvrir un univers et un mode de vie totalement à l’opposé de ce que j’avais connu. En 1992, j’ai appris que la Foire des Antiquaires recrutait et j’ai décidé de postuler. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre mais, pleine d’enthousiasme, j’espérais pouvoir relever le défi. À l’époque, Christian de Bruyn en était le président et il m’a donné ma chance même si, au départ, on pensait clairement qu’un homme serait mieux à même d’assumer les responsabilités de ce poste. Il avait un caractère fort mais il m’a initié avec patience aux arcanes de l’asbl. J’ai rapidement réalisé qu’il s’agissait d’un vrai challenge car si j’étais capable de rédiger des communiqués de presse, je n’avais jamais géré une publication et tout ce que cela pouvait impliquer : établir les contacts avec les différentes parties prenantes, gérer les budgets, la sécurité, le sponsoring, convoquer les conseils d’administration… On ne comptait alors qu’une quarantaine de marchands, tous belges, la condition sine qua non pour participer à la Foire. Peu à peu, j’ai pris mes repères et l’expérience venant, j’ai pu m’adapter à l’évolution de la foire dont la dimension internationale n’a fait que se renforcer, avec une multiplication endémique du nombre de participants. Et voilà trente-quatre ans que l’aventure perdure. Jamais, je n’aurai pu l’imaginer quand j’ai commencé !
– Vous évoluiez dans un monde essentiellement masculin, l’avez-vous ressenti d’une manière ou d’une autre ?
– Comme je l’ai dit, quand j’ai été engagée, la majorité des intervenants aurait préféré voir un homme prendre les rênes de la Foire. Ils pensaient que c’était sans doute plus fiable, mais je dois avouer que, par la suite, je n’ai jamais été confrontée à la misogynie. Et puis, au fil du temps, la Foire s’est ouverte aux femmes puisque Grethe Zeberg en a été la quatrième présidente, de 2005 à 2009.
– Pensez-vous qu’au fil des ans, on dénombre à la BRAFA davantage de galeries dirigées par des femmes qu’auparavant ?
– Je crois que la profession a évolué, mais nombre de galeries ont toujours eu une femme à leur tête, et ce, depuis longtemps. Je pense à Véronique Bamps, Florence de Voldère ou encore Patricia De Wit pour Epoque Fine Jewels. On peut aussi citer Almine Rech, Virginie Devillez, Hélène Bailly Marcilhac, Valérie Bach, Roberta Tagliavini, Betty De Stefano, Aimée et Fleur van Kranendonk Duffels, Marjan Sterk, Greta Meert, Sofie Van de Velde ou Florence Plaussu de la Galerie de la Présidence, et j’en oublie peut-être. Certaines ont créé leur entreprise plus récemment comme Pauline Janssen, d’autres perpétuent la tradition familiale comme Alessandra et Giulia dei Bardi, ou travaillent en binôme avec leur époux. On peut donc affirmer que les femmes sont plutôt bien représentées à la BRAFA. Quant à notre équipe, elle est en grande majorité féminine.
– En avant-première, pouvez-vous nous parler de l’édition 2027 de la BRAFA ?
– À ce jour, nous comptons 151 participants pour cette 72e édition, ce qui constitue sans doute un record. Nous avons pu enrichir quelques sections, comme celle des arts asiatiques et nous avons souhaité mettre à l’honneur le musée d’Ixelles, une sorte d’avant-première puisqu’il ne rouvrira ses portes qu’en mars 2027, après des années de restauration… L’occasion de donner un coup de projecteur sur cette institution qui fêtera ses 135 ans et dont les collections ne comptent pas moins de 15 000 œuvres qui illustrent l’art belge de façon magistrale.
Illustration : © Donatienne Nieus
Foire
BRAFA 2027
Du 24 au 31 janvier 2027
Brussels Expo
brafa.art