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Charles Michel "Je ne suis pas un showman!"

  • Rédigé par Patrick Weber
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Charles Michel "Je ne suis pas un showman!" © Droits réservés

En quelques mois au 16, Charles Michel a été confronté à de nombreux dossiers. Tensions sociales, remous dans sa majorité et affaires dans son parti auraient pu entamer sa détermination. Pourtant, le chef de la coalition fédérale reste serein et garde le cap. Populisme, autorité, réformes... L'homme qui est devenu le plus jeune Premier ministre de la Belgique s'est confié sur tous les sujets, en toute sincérité.

L'Eventail – Enfant, vous rêviez d'être Premier ministre ?
Charles Michel – Non, je n'ai pas rêvé d'être Premier ministre. Mais quand on est engagé en politique, on a envie d'être associé aux décisions de manière active. C'est un processus qui a conduit à ce que, durant l'été 2014, je figure sur la shortlist de celui qui pourrait assumer la fonction de Premier ministre pour la prochaine législature. Je me souviens très bien du moment où j'ai pris cette décision. J'ai réfléchi un week-end, puis j'ai réuni des proches le lundi pour leur annoncer que j'étais prêt. J'ai de la chance d'avoir un entourage solide, des gens avec lesquels j'ai de bonnes relations, très amicales et en pleine confiance.

– Être Premier ministre, c'est aussi une ambition...
Il y a sûrement une part d'ambition, bien sûr. Mais il s'agit d'abord une ambition d'agir, de prendre des décisions pour le pays, pour la société.

– C'est l'héritage familial qui vous a poussé vers la politique ?
Quand j'étais beaucoup plus jeune, il y avait certainement une influence familiale dans mes intensions. Vingt ans plus tard, j'ai participé à beaucoup d'élections, de campagnes. Je me suis forgé une capacité, un caractère.

– Vous vous êtes forgé une armure ?
Non, je dirais plus une capacité à relativiser les attaques ou les injures qui parfois font de la peine. Mon moteur est le sentiment qu'il existe quelque chose de supérieur. J'ai une envie farouche de réussir avec des résultats. Je ne suis pas sensible par le fait d'être aimé à court terme et je ne suis pas très doué pour la séduction. Avec le temps, on apprend à se connaître. Ce n'est pas trop mon truc. Je suis plus dans l'envie de convaincre ; pas par sur un sourire ou un clin d'œil, plutôt par la qualité des décisions, par la ténacité. C'est de cette manière-là que je peux rassembler autour de mon projet.

 

© Droits réservés

 

– Il faut de l'autorité pour diriger...
Bien sûr. C'est une fonction où l'autorité est un élément qui compte. Tous les jours où il faut faire preuve d'autorité, tenir des arbitrages et trancher. On ne peut pas se permettre d'être dans une forme de refus d'assumer.

– La Belgique est-elle conservatrice ?
Non ! La Belgique n'est pas un pays conservateur. Les Belges ont montré qu'ils n'étaient pas dans le conservatisme dans des enjeux de société qui dépassent les clivages des partis politiques. J'ai été gêné par les partis de droite en France qui ont combattu si idiotement le mariage pour tous, par exemple. On n'a pas connu en Belgique ce genre de situation. Je suis fier de cette capacité de se projeter dans la modernité.

– Les conservateurs ne seraient-ils pas là où on les attend ?
Le progrès, c'est accepter que la situation évolue, se transforme et qu'il faut, dès lors, adapter un certain nombre de mécanismes. Prenons le cas des pensions, un dossier très emblématique. On est fier de vivre dans un pays avec un système de protection sociale mais entre 1925 et aujourd'hui, nous sommes passé de 59 à près de 80 ans d'espérance de vie. C'est la démonstration que ne rien faire pour financer le système serait criminel.

– Un francophone au 16, cela paraissait improbable il y a quelques années. Aujourd'hui, c'est presque devenu banal.
Regardez l'intérêt des médias pour l'enjeu fédéral, ce n'est pas un décret du gouvernement qui en décide. Ce sont spontanément les médias et, j'imagine, la population qui s'intéressent à ce que nous faisons ensemble dans l'espace fédéral. Ce qui me réjouit en cinq mois, c'est que pas une seule fois je n'ai eu le sentiment d'être rejeté du côté néerlandophone parce que je suis francophone. Au contraire, j'ai plutôt le sentiment d'avoir du soutien, des encouragements.

– Vous êtes surpris par cet intérêt des Belges pour le fédéral ?
Non. J'ai toujours pensé que l'intérêt demeurerait important au niveau fédéral. Il y a beaucoup de questions qui restent liées au niveau fédéral : fiscalité, relations internationales... L'enceinte fédérale suscite toujours l'intérêt. Dans le même temps, je sais que pour fonctionner convenablement, ce pays doit s'assurer sur les gouvernements régionaux. On a remis sur les rails le comité de concertation qui se déroule tous les mois. Avant, c'était deux ou trois fois par an, pour constater les désaccords. On a pris des décisions importantes, il y a des responsabilités, plus d'espace de collaboration en prenant en compte les spécificités régionales, communautaires.

– La Belgique est-elle à l'abri du populisme ?
Non, pas du tout ! Le plus dramatique, c'est quand ce sont des partis censés être des partis de responsabilité qui font le choix du populisme. Ce qui me frappe ces derniers temps du côté francophone en Belgique, c'est la manière spectaculaire avec laquelle deux députés PTB sur 150 donnent le $la$ à gauche. Parfois, des débats au Parlement ressemblent à un concours du plus beau slogan communiste. C'est préoccupant car il s'agit d'une forme de populisme.

– On a le sentiment d'un retour du débat droite/gauche en Belgique.
C'est vrai et cela remet de la clarté dans le débat politique en réintroduisant des repères qui s'étaient estompés. Les gens se redéfinissent plus sous la forme d'un clivage droite/gauche. Mais il y a aussi de la nuance dans tout cela, ce n'est pas caricatural ! La réalité, c'est qu'il y a deux visions de la société. D'un côté, une vision selon laquelle il faut créer de la valeur ajoutée pour garantir de la solidarité. Il faut du travail, de la créativité et de l'innovation. C'est ce modèle de centre droit que je veux incarner. Il n'y a pas trente-six solutions : il faut créer des emplois supplémentaires pour financer les pensions, les soins de santé. L'autre modèle veut distribuer ce qui n'existe pas encore.

– Les francophones découvrent aussi que la Flandre n'est pas monolithique.
C'est peut-être un acquis de ce gouvernement. On est sorti de la caricature un bloc contre un autre. Il existe des différences au nord aussi sur les problématiques économiques et sociales. On a remis en lumière le débat démocratique : quelle est la meilleure stratégie pour créer du bien-être et renforcer notre modèle social ? On a des réactions fortes, on a des piliers syndicaux qui se font entendre, mais c'est normal dans une démocratie.

– Cela vous surprend ?
Non. Dès le moment où l'on mettait de côté les questions communautaires, je savais que le débat se déplacerait sur le plan économique et social. J'avais dit avant les élections qu'il fallait se recentrer sur l'emploi. C'est déjà une première victoire de ce gouvernement.

– Aujourd'hui, un homme politique peut-il encore avoir une vision à long terme, comme un véritable homme d'État ?
– Ce gouvernement est la démonstration qu'il est possible d'avoir une vision à long terme. Par le passé, on a trop souvent dit : "On ne prend pas trop de risque, on ne va pas brusquer." L'âge légal de la pension est soixante-sept ans, c'est une prise de responsabilité. La réforme des droits de santé à contrôler dans un cadre budgétaire acceptable aussi. La ligne de force est de payer les factures aujourd'hui et de ne plus les faire payer par les générations futures. Nous avons devant nous cinq ans sans élection, c'est une occasion unique. Il s'agit d'une immense chance et je la mesure. C'est une législature complète.

 

© Jef Boes

 

On dit souvent que les politiques d'aujourd'hui ne se connaissent plus.
C'était très vrai jusque 2010-2011. En étant très modeste, je dirais que je fais partie de ces hommes politiques du côté francophone qui ont toujours eu la volonté de voir et de prendre en compte ce qui se passait de l'autre côté de la frontière linguistique. Nous avons noué des liens qui nous ont permis d'éviter le blocage en 2014. Ce gouvernement est aussi le gouvernement d'une génération. On a un regard décomplexé sur le plan institutionnel.

– Il est possible de passer outre les oppositions passées ?
J'ai fait connaissance avec Wouter Beke en 2010-2011 quand nous étions très opposés. Malgré ce grand désaccord sur la réforme de l'État, nous avons appris à nous respecter et à nous faire confiance. Donc, nous avons mis sur pied un gouvernement avec la N-VA mais sans réforme institutionnelle. Il n'y a pas de développement économique sans protection sociale et vice-versa !

– Pas d'institutionnel... La N-VA joue-t-elle le jeu ?
Pas une seule fois je n'ai pris la N-VA en défaut de déloyauté, de sortir de l'accord gouvernemental. On règle des problèmes importants en matière de sécurité, on réforme notre Défense pour faire de la Belgique un partenaire encore plus solide sur le plan international. Je m'en tiens aux faits et à la réalité. S'il devait y avoir une rupture du contrat, j'agirais en conséquence. Je sais parfaitement réagir avec force et courage.

– La Belgique joue-t-elle un rôle dans une Europe en panne ?
Notre pays a une influence plus importante que sa taille et il a fourni de grandes personnalités à l'Europe. Ces dernières années, il y a eu un renouvellement des leaders européens (Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Belgique). Ce renouvellement générationnel doit faire évoluer l'Europe. Celle-ci est devenue un projet comptable et plus suffisamment un projet au service des citoyens. Les citoyens voient les défauts et pas la valeur ajoutée de l'Europe. On doit mettre en valeur les projets de l'Europe sur les grands sujets qui vont influencer l'emploi.

– De quels mouvements politiques vous sentez-vous proche en Europe ?
Trois Premiers ministres de centre droit sont à la tête du Benelux. On parle d'une seule voix et on a un poids considérable. Avec Matteo Renzi par exemple, on peut aussi trouver des points d'accord. Cela déplace les frontières, au-delà des différences de parti.

– La Belgique a un nouveau roi et un nouveau Premier ministre. C'est important pour image du pays ?
Vous savez que je suis tenu par un devoir de réserve. Au même moment, il y a une transition générationnelle sur le plan de la monarchie et du gouvernement. Cela a forcément une influence et conforte une image de modernité.

– Premier ministre, c'est une fonction plus compliquée que prévu ?
Je dirais que la fonction est aussi compliquée que prévu ! Je le fais avec passion, plaisir et engagement. J'aime le job, dans toutes ses dimensions et ses responsabilités. Être dans l'équilibre sur le moyen et le long terme, cette double dimension me mobilise beaucoup. Autre dimension importante : placer la Belgique sur le plan international. Nous en avons besoin. Je veux vraiment donner une dimension internationale à ma fonction. Il y a un troisième élément aussi : la sécurité ! Je pilote le conseil national de sécurité (qui réunit les principaux ministres en charge de la sécurité : Intérieur, Justice, Défense nationale et Affaires étrangères). C'est une partie de la fonction qui est plus discrète, plus méconnue. Mais elle est très importante dans les moments que l'on vit.

– Parlons de l'entreprise. Est-il devenu plus facile d'entreprendre en Belgique?
Il faut du temps pour faire bouger les mentalités. Nous avons un problème de handicap : les salaires sont trop chers. Attention, je ne parle pas du salaire net pour le travailleur, je parle du poids fiscal et parafiscal pour la personne qui travaille et celle qui donne du travail. Nous sommes champions en matière de charges fiscales sur le travail de l'OCDE ! En moins de trois ans, nous allons supprimer le handicap salarial et ramener le niveau du coût des salaires au même niveau que celui des pays européens. Ce n'est pas du vent ni un slogan ! Il faut mettre en place un plan pour les PME de simplification radicale. C'est une bataille sans fin de soutenir l'activité économique. Il faut rendre l'État davantage au service des entreprises et des familles. Il faut en permanence faire mieux pour moderniser le fonctionnement de l'État. Et il ne s'agit pas de cadeaux aux entreprises. Sans activité économique, sans commerçant, sans PME, on ne peut pas financer les services, les routes, les écoles, les hôpitaux... Et sans ces services publics de qualité, on ne peut pas avoir de secteur privé qui se développe. Je suis pour prendre le meilleur des deux côtés.

– Aujourd'hui, la politique, c'est aussi de l'image. Vous vous trouvez bon dans les médias ?
Je ne suis pas un showman. Je n'invente pas un rôle qui n'est pas le mien ou qui serait contre ma nature. Ma force, c'est une ténacité. Je ne me laisse pas facilement déstabiliser. Quand j'ai une conviction, je veux l'appliquer, mais je suis prêt à ajuster, à améliorer. Je ne suis pas un élastique ni un chewing-gum. Le chemin que je prends est le seul chemin possible. La Belgique doit être l'exemple d'un pays qui a pris le bon chemin.

Rédigé par Patrick Weber