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Rédaction

13 April 2015

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C'est par ces trois cris du coeur que les membres du Parlement la plébiscitent et que ses sujets l'acclament sur la place des palais quand elle salue du balcon d'Amalienborg, sa résidence citadine. Les Danois sont toujours nombreux en ces occasions festives à montrer combien ils apprécient cette souveraine qui s'est vouée corps et âme à son pays. Pas un seul faux pas à signaler en quatre décennies, voilà qui fait méditer! Elle a même arrêté de fumer en public après que le gouvernement ait fait voter des lois anti-tabac.

Sa naissance, le 16 avril 1940, une semaine après l'invasion du Danemark par la Wehrmacht, est ressentie comme une lueur d'espoir. Ce bébé que l'on a dénommé Margrethe Alexandrine Thorhildur Ingrid ne sait pas encore qu'il va incarner l'avenir de sa patrie. Son troisième prénom, allusion au Dieu Thor, rend hommage à l'Islande dont elle sera princesse jusqu'en 1944. Son aïeul Christian X régnait d'ailleurs de plein droit sur la célèbre île volcanique. Avec sept parrains dont deux rois et le duc de Connaught, un fils de la reine Victoria, les fées semblent s'être penchées sur son berceau. De fait, le 27 mars 1953, après que deux soeurs soient venues agrandir le cercle familial (la princesse Benedikte en 1944 et la princesse Anne-Marie en 1946), le roi décide de faire modifier la loi de succession afin de permettre aux femmes de monter sur le trône en l'absence d'héritier mâle en ligne directe, ce qui écarte définitivement l'oncle Knud. Et voilà la petite Margrethe promise au plus haut des destins. Mais pour l'heure, elle profite pleinement d'une enfance heureuse qui se traduit par une profonde complicité avec ses parents, la reine Ingrid, une cousine de notre reine Astrid, et le roi Frederik, un marin dans l'âme qui adore voyager d'île en île pour découvrir tous les recoins du Danemark.

La reine Margrethe entourée de sa famille © Droits réservés

La formation de Margrethe va refléter les exigences de sa fonction future et la jeune fille, curieuse de tout, étudie bientôt la philosophie et le droit constitutionnel à l'Université de Copenhague, le droit international et l'archéologie au Girton College de Cambridge, le droit public et les sciences politiques à l'Université de Aarhus, le Français et la jurisprudence à La Sorbonne, à Paris, et enfin, la sociologie à l'École d'Économie de Londres... Après ce long cursus, Margrethe épouse le 10 juin 1967 un jeune diplomate français, le comte Henri de Laborde de Montpezat. Deux enfants naissent de cette union, le prince héritier Frederik le 26 mai 1968 et le prince Joachim le 7 juin 1969. Cependant, la mort du roi Frederik IX va bouleverser la vie paisible du couple princier. Seconde du nom, Margrethe succède à son père le 14 janvier 1972 et devient la deuxième souveraine des Danois après sa lointaine ancêtre, Margrethe Ière, qui régna sur la Scandinavie pendant l'union de Kalmar, entre 1375 et 1412, un exemple que cette grande dame du Moyen Âge !

La reine Margrethe II du Danemark et le prince Henrik dans leur château de Cayx © Droits réservés

En accédant au trône, la reine endosse de facto la fonction de Commandant Suprême des Forces armées danoises et, par courtoisie, au grade de colonel-en-chef du régiment de la Reine, en Grande-Bretagne. Celle qui parle couramment danois, suédois, anglais, français, allemand et même féroen et qui a choisi comme devise L'aide de Dieu, l'amour du peuple, la force du Danemark, a tenu à maintenir une tradition bien ancrée dans les moeurs danoises: elle reçoit en audience, deux fois par mois, tous ceux qui souhaitent la rencontrer, belle preuve de proximité ! Quand les affaires de l'État ne monopolise pas son temps, la Reine se consacre à nombre d'activités artistiques. N'a-t-elle pas conçu et brodé des chasubles pour les évêques des cathédrales d'Haderslev et de Aarhus, pour les hommes d'église officiant à Tasiillag, au Groenland, et dans les chapelles du château de Fredensborg, sa résidence aux portes de Copenhague, et du château de Kronborg, le mythique palais d'Hamlet ? Elle a également dessiné un tapis de mariage pour la chapelle du château de Frederiksborg et une myriade de costumes pour des écrits de Karen Blixen et des contes de Hans-Christian Andersen mis en scène pour le théâtre ou la télévision. C'est dans ce cadre qu'elle n'hésita pas à se travestir et à intégrer une vraie troupe, preuve de son ouverture d'esprit et de son originalité qui ne s'arrêtent pas en si bon chemin puisque Margrethe n'en finit plus d'étonner ses compatriotes, surgissant là où on l'attend le moins.

La Reine et son fils ainé, Frederik au Groenland © Droits réservés

La souveraine a ainsi signé des timbres de Noël mais aussi des calendriers vendus tour à tour au profit du WWF, de la recherche contre le cancer ou la sclérose en plaques. La lithographie, les aquarelles et la peinture n'ont plus de secrets pour cette artiste qui expose souvent sous un pseudonyme pour éviter les sourires entendus ou les félicitations de principe. Ainsi, les illustrations d'une certaine Ingahild Grathmer qui ponctuent l'édition danoise du Seigneur des Anneaux de Tolkien sortent tout droit de l'imagination royale tout comme les motifs qu'elle peint sur porcelaine, les médailles ou les découpages sans parler des robes de soirée crayonnées avec fougue sur des feuilles de carnets de croquis. Aujourd'hui, ces envolées de tulle, ces larges jupes évasées, ces longues manches fendues n'étonnent plus les Danois, habitués aux goûts théâtraux de leur souveraine qui, en certaines occasions, se contente volontiers d'un ciré fleuri, d'un costume folklorique régional ou d'une chaude gabardine.

Personnage éminement sympathique, Margrethe II aurait pu se prendre au sérieux puisqu'elle règne sur le plus grand pays d'Europe ! Eh oui, vous lisez bien, ce n'est pas une erreur car Sa Majesté est aussi reine du Groenland, une contrée qu'elle visite d'ailleurs régulièrement, les couettes sortant du capuchon...Révélateur de sa personnalité, ce cliché qui amuse toujours les Danois ne diminue en rien le respect et l'amour qu'ils éprouvent pour une souveraine en état de grâce. Hourrah, hourrah, hourrah !

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