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Martin Boonen

16 December 2022

Quand les frères Jean-Bernard et Pierre-Marie Despatures reprennent en 2017 le Domaine du Chenoy, ils trouvent au fond du chai quelques litres de raisins distillés. Ils sont issus de cépages résistants (dits “interspecifiques”) dont le Domaine du Chenoy est devenu l’un des spécialistes depuis 2003. À cette époque, Philippe Grafé, fondateur du domaine, ancien administrateur délégué de la vénérable maison familiale Grafé-Lecocq, plante 11 hectares de vignes au nord de Namur. Très occupés par la reprise du domaine, les deux frères ne prêtent d’abord pas vraiment attention à ces eaux-de-vie de vin. Ils retiennent tout de même que les essais à base de muscat bleu sont particulièrement intéressants.

Pierre-Marie et Jean-Bernard Despatures ont repris le domaine à son fondateur, Philippe Grafé, il y a 5 ans © Domaine du Chenoy

Nouveau destin pour le muscat bleu

Deux années passent et la question du muscat bleu finit par se poser. En effet, si les 1000 pieds de vigne plantés par Philippe Grafé en 2004 sont toujours là, les raisins, eux, ont disparu des assemblages de la nouvelle équipe. “Ce muscat bleu était une cuvée qui avait du succès mais qui ne trouvait plus sa place dans la gamme que nous avions développée depuis notre arrivée” explique Pierre-Marie Despatures. Alors qu’en faire ? Arracher les vignes pour planter un autre cépage ? “Cela aurait été aussi triste que coûteux. Ces vignes avaient le mérite d’être là, et depuis longtemps en plus. Il fallait juste leur trouver une utilité” précise le vigneron. Avec l’approche de l’anniversaire de la double décennie du domaine (en 2023, nous vous en reparlerons, ndlr) il leur vient l’envie de proposer un nouveau produit, un peu exceptionnel, pour marquer le coup. C’est quand le souvenir des essais de Philippe Grafé avec des raisins distillés leur revient en mémoire que les pièces du puzzle s’assemblent : une eau de vie de vin à base de muscat bleu.

Le muscat bleu du domaine s'est trouvé un nouveau destin avec Helixir © Domaine du Chenoy

Collaboration avec Radermarcher

Mais faire du vin et distiller de l’alcool, ce n’est pas le même métier. Pour leur Helixir (Helix faisant référence au nom latin de l’escargot, l’un des symboles de Namur), les frères Despatures frappent à la porte de la distillerie Radermacher, où Bernard Zacharias, le directeur (et accessoirement ami de Philippe Grafé) les accueille avec beaucoup d’enthousiasme. En effet, si la Belgique a une longue histoire avec les alcools de grain (le genièvre, le peket, et maintenant le gin), il existe, par chez nous, encore peu d’eau-de-vie de vin : le Domaine des Agaises (Ruffus), Chant d’Eole, le Vignoble du Château de Bousval et le petit vignoble coopératif Villers-la-Vigne, sont les seuls que nous connaissons en Wallonie, et encore, dans des volumes anecdotiques.

Les alambics à colonne flamant neufs de la distillerie Radermarcher © Radermacher

Avec Radermacher, c’est une vraie collaboration et pas seulement une sous-traitance. C’est vraiment l’histoire de compétences associées : viticole de notre côté, de distillation pour Bernard. Elles se sont ensuite retrouvées sur l’élevage en barriques” explique Pierre-Marie. De fait, les moûts de muscat bleu du Domaine du Chenoy (auxquels ont ajoute aussi un peu de vin de réserve du domaine) sont distillés dans les alambics de Radermacher. Ensuite, ce distillat est élevé trois ans dans des fûts de chênes américains ayant auparavant contenu du bourbon, pour finalement terminer leur élevage dans des fûts de Grand Chenoy (la cuvée gastronomique des vins du Domaine du Chenoy) avant d’être mis en bouteille dans leur – très – joli flacon.

© Domaine du Chenoy

Ni cognac, ni grappa : vrai Helixir !

Présenté comme étant à mi-chemin entre un cognac et une grappa, Helixir n’est en fait ni l’un ni l’autre. D’ailleurs, quand nous avions rencontré pour la première fois Pierre-Marie Despatures, en 2018, il nous affirmait : “Nous n’avons pas ici l’ambition de reproduire des vins existants ailleurs. Nous voulons faire des vins de notre terroir avec des cépages qui nous sont propres. Comme la viticulture belge est à ses balbutiements, profitons-en pour faire quelque chose de tout à fait nouveau. En tout cas, c’est l’approche que nous avons choisie” (retrouvez l’article complet ici). Force est de constater que les deux garçons sont restés fidèles à leur crédo pour leur eau-de-vie.

© Domaine du Chenoy

Après “seulement” un peu plus de trois ans en barrique, Helixir surprend au regard. Sa robe mordorée affiche un teint cuivré déjà très mature. Au nez, des notes d’amandes grillées et de pommes de pin viennent flatter le palais. C’est tout en douceur et en rondeur. Au coin du feu, on se délecte déjà. Le palais vient confirmer toutes les promesses faites à l’examen visuel et olfactif : la pomme cède sa place à la poire, on sent du miel, du pain d’épice… c’est toujours rond, mais c’est désormais aussi délicat et un rien vineux (et ce n’est pas surprenant quand on connaît le pédigrée). L’impression générale est celle d’une eau-de-vie complexe, d’une grande qualité et à la maturité étonnante pour un spiritueux si juvénile.

© Domaine du Chenoy

C’est une véritable petite pépite qui est née des vignes du Chenoy et des alambics de Rademarcher. “Cela ne devait être qu’une production unique à l’occasion des 20 ans du vignoble et des 5 ans de notre reprise, mais les retours ont été tellement enthousiastes que nous allons continuer à produire Helixir.” Et c’est une bonne nouvelle que nous annonce là, Pierre-Marie. Malgré tout, avec trois milles bouteilles seulement produites pour ce premier embouteillage, il n’y en aura pas pour tout le monde !

Avec le développement du vignoble belge, nous devrions – mécaniquement – assister au développement de ces eaux-de-vie de vin. Pourvu qu’elles soient toutes du même tonneau qu’Helixir.

© Domaine du Chenoy

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