Éric Jansen

15 March 2022

Le liet de repos de la collection 1800. © Tectona

Le café Lapérouse dans l'Hôtel de la Marine à Paris dont la terrasse est entièrement composée de mobilier Tectona. © Tectona

Le café Lapérouse dans l'Hôtel de la Marine à Paris dont la terrasse est entièrement composée de mobilier Tectona. © Tectona

Lors de l’inauguration du Café Lapérouse, dans l’Hôtel de la Marine, à Paris, les amateurs n’ont pas manqué de remarquer la terrasse entièrement composée d’un mobilier de jardin qui évoquait une grande dame de la décoration : Madeleine Castaing. Et effectivement, la collection 1800 a été inspirée d’un banc qu’elle possédait et que la maison Tectona a réédité en 2006. Artisan de cette renaissance, Arnaud Brunel qui, séduit par ses lignes néo-classiques, avait acheté le banc lors de la vente aux enchères chez Sotheby’s deux ans auparavant. Il déclina le modèle en chaise et en table, et remplaça le fer forgé par de l’aluminium laqué d’un élégant bleu gris. Une innovation révolutionnaire : la légèreté obtenue signa sa réussite. Peu à peu, la collection 1800 se glissa dans les jardins de demeures historiques comme dans les hôtels au parfum d’antan et, au fil des années, devint un best-seller. « Les Américains en raffolent, car elle a quelque chose de très français. »

La chaise d'arbitre redessinée par PIerre Charpin. © Tectona

La chaise d'arbitre redessinée par Pierre Charpin. © Tectona

Ce n’était pas la première bonne idée d’Arnaud Brunel, qui avait acquis la marque Tectona en 2000. Créée en 1977 par Piero Crommelynck, puis rachetée par une famille suisse, l’enseigne était spécialisée dans les meubles en teck, de facture classique, comme on en voit dans les parcs anglais. On sait combien ce bois résiste aux intempéries, au moins pendant cinquante ans, se patinant dans des tons de gris. Le nouveau propriétaire conforte cette identité, mais il l’enrichit, à la fois par les matériaux et par les sources d’inspiration. Dès 2003, il rencontre les frères Ronan et Erwan Bouroullec pour imaginer ensemble une création design. Cinq ans plus tard sort le Pebble, un banc circulaire, en résine tressée. De son côté, Pierre Charpin revisite pour Roland-Garros la chaise d’arbitre et le banc des joueurs. « La collaboration n’a pas abouti, mais nous avons tout de même décidé d’éditer la chaise, qui a tout de suite eu beaucoup de succès. Karl Lagerfeld en avait même deux dans sa bibliothèque ! » Le couturier venait en voisin dans la boutique rue du Bac et lors de la vente aux enchères, qui a eu lieu en décembre dernier, un salon 1800 était adjugé près de 14 000 euros.

La collection Pebble dessinée par Ronan et Erwan Bouroullec en 2008. © Tectona

La collection Pebble dessinée par Ronan et Erwan Bouroullec en 2008. © Tectona

Désireux d’être en phase avec les designers de son époque, Arnaud Brunel va même jusqu’à les choisir à peine diplômés de l’ECAL, la fameuse école cantonale d’art de Lausanne, à l’exemple de Julie Richoz, qui a sa table et ses fauteuils aujourd’hui en vitrine. En 2015, il mise sur une valeur sûre avec la collection Chelsea de Constance Guisset et un canapé modulable en aluminium. Mais deux ans plus tard, pour le 40e anniversaire de la marque, Arnaud Brunel organise un concours international destiné à de jeunes designers pour concevoir une table et une chaise en teck. Le prix est attribué au duo thaïlandais Thinkk Studio pour la création de Batten, qui figure à présent au catalogue. Cette soif de modernité ne lui fait toutefois pas oublier l’ADN maison. Les bancs classiques, estampillés de la petite plaque Tectona, ornent la terrasse de l’Élysée, le jardin des Tuileries, le parc du château de Chambord ou encore celui du musée Rodin. « Ils sont là depuis plus de trente ans. On a changé deux lattes… » En 2017, Isabelle Baudraz, toujours de l’ECAL, conçoit pour le musée Picasso un habile compromis entre tradition et créativité. Enfin, récemment, un banc était dessiné pour le château de Versailles, en s’inspirant d’un modèle de Jacob-Desmalter. Son nom ? Grande Écurie-Versailles. Royal !

Le banc Grande Écurie Versailles ou quand le design rejoint l'épure du XVIIe siècle. © Tectona

Le banc Grande Écurie Versailles ou quand le design rejoint l'épure du XVIIe siècle. © Tectona

Toujours à la tête de la société, Arnaud Brunel commence peu à peu à laisser les rênes à sa fille Milana et à son fils Aymon. À eux de faire perdurer et rayonner le nom de Tectona dans le XXIe siècle. Depuis leur arrivée, le site internet a été refait, tout comme le logo. « Un long T pareil à un arbre qui grandit », précise la jeune femme. La boutique parisienne a également été reliftée avec l’aide de Constance Guisset. Et bien sûr, le compte Instagram décline régulièrement les nouveautés dans des décors enchanteurs. « Pas forcément avec la mer, nous voulons aussi mettre en avant la campagne et la montagne, afin que toutes les saisons soient représentées. » Le confinement, comme pour tout le secteur de la décoration, leur a été profitable : les gens ont redécouvert le plaisir de passer du temps au jardin et ont cherché à le rendre plus confortable. Les commandes se sont envolées. « Mais notre force, c’est notre stock, précise Milana. Nous avons un grand entrepôt en Normandie, près de l’atelier où sont conçus les prototypes. Nous pouvons livrer en une semaine. Et nous sommes en train de l’agrandir, afin de pouvoir stocker deux ans d’avance. » Autre atout de la maison, le service après-vente. Si l’achat d’un meuble Tectona est un petit investissement, il est toujours réparable. « Notre bois est d’excellente qualité. Nous avons les plus belles grumes de teck et les techniques d’assemblage suivent un savoir-faire artisanal. En revanche, il arrive qu’il faille changer la toile d’un parasol. Chez nous, on ne jette pas, c’est notre philosophie. » Parfaitement en phase avec l’air du temps.

Informations supplémentaires

Adresse

Tectona Paris
36 Rue du Bac
75007 Paris, France

Téléphone

+33 1 47 03 05 05

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