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Festival d'Udine : du Kurdistan au Japon, la recherche d'une patrie

3 / 5 épisodes

CinémaFar East Film FestivalUdine

Marcel Croës

28 April 2022

Une scène du film My Small Land

Peut-on imaginer un écart culturel plus grand qu’entre le mode de vie d’une communauté kurde et le Japon contemporain ? My Small Land, premier film de la cinéaste nipponne Emma Kawawada (née en 1991), aborde un sujet quasiment inconnu chez nous.

Sarya, une adolescente de 17 ans, vit dans un logement modeste près de Tokyo en compagnie d’un frère et d’une soeur plus jeunes, et d’un père autoritaire (la mère est morte au Moyen Orient dans des conditions imprécises). Eduqués au Japon, les enfants parlent la langue de ce pays, de même que leur père qui cependant communique toujours en kurde avec les membres de sa communauté.

En apparence, un exemple plus ou moins réussi d’assimilation. Mais la  réalité s’avère beaucoup plus problématique. Du jour au lendemain, le monde s’écroule lorsque les services d’immigration informent le père de Sarya que son statut de réfugié a été annulé. Comme il persiste à travailler pour nourrir sa famille, le voilà transformé en clandestin et envoyé pour une période indéfinie dans un centre de détention.

Une scène du film My Small Land

© DR

Ce que  j’ai apprécié dans My Small Land, c’est qu’à aucun moment le film ne tombe dans un des pièges qu’on pouvait redouter : ni discours militant sur le sort des immigrés, ni dénonciation de la bureaucratie japonaise. La réalisatrice s’intéresse avant tout au côté humain de ce drame. Sanya a intériorisé les codes de son pays d’adoption : elle étudie pour devenir institutrice et travaille en parallèle dans une supérette. Avec un jeune collègue du magasin elle esquisse même une très timide idylle. Mais en même temps elle n’imagine pas, comme son père, de rentrer au Kurdistan (un pays qui n’existe pas) : en fait, on découvre à la fin du film qu’il y a là une sorte de marchandage. Si l’homme quitte définitivement le Japon, ses enfants garderont un statut officiel de réfugiés. Quitte à renier, en quelque sorte, leur identité kurde.

Une scène du film My Small Land

© DR

D’un bout à l’autre, le film repose sur l’interprétation d’Arashi Lina, une comédienne partiellement iranienne  qui a opté pour la nationalité japonaise. Le naturel de ses gestes, l’intensité de son regard se gravent dans notre mémoire longtemps après la fin de la projection. Une aussi belle réussite mérite à coup sûr de connaître une large distribution en Europe.

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Udine 2022

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