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Camille Misson

14 June 2022

© Jean-Michel Othoniel Adagp, Paris, 2022

Inspirée par les dessins préparatoires du facteur Cheval, l’intervention de Jean-Michel Othoniel en appelle au sensible et convoque le merveilleux pour rendre vivant le rêve du facteur Cheval : que le Palais soit animé de jeux d’eau, de fontaines et de cascades.

Dans un dialogue parfait, Jean Michel Othoniel vient créer des œuvres tout autour et à l’intérieur du Palais, s’inspirant des formes conçues par le facteur Cheval. Invité par le Directeur du Palais idéal, Frédéric Legros, Jean-Michel Othoniel relève avec subtilité le défi qui consiste pour la première fois à faire rentrer la création contemporaine dans l’œuvre unique du facteur Cheval. Entre sculpture et construction, deux univers d’artistes singuliers viennent se rencontrer.

Une fascination depuis l’enfance

Jean-Michel Othoniel au Palais idéal du facteur Cheval © Jean-Michel Othoniel / Adagp, Paris, 2022 photo © Othoniel Studio

Jean-Michel Othoniel au Palais idéal du facteur Cheval © Jean-Michel Othoniel / Adagp, Paris, 2022 photo © Othoniel Studio

Jean-Michel Othoniel (né à Saint Etienne en 1964) fait partie des artistes les plus célébrés de sa génération, jouissant d’une renommée internationale. Auteur entre autres du Kiosque des noctambules à Paris au métro Palais-Royal et des installations au Bosquet du Théâtre d’eau de Versailles, son œuvre s’exprime avec poésie à travers le travail du verre et s’inscrit dans la tradition des maîtres verriers de Murano avec lesquels il collabore, pour créer d’immenses ensembles qui dialoguent avec des jardins et sites patrimoniaux dans le monde entier.

« Nous partions en vacances dans la Drôme avec ma mère, nomades pour une longue période sans mon père qui restait à l’usine. Hauterives était une destination culturelle pour cette jeune institutrice curieuse et son fils. Nous sommes à la fin des années soixante, j’ai six ans. Le château des géants, du sable, des coquillages, de la poussière, du soleil, de la fraîcheur, des grottes, des rires, du silence et se perdre dans le mystérieux de l’enfance. Le bruit des pas sur les graviers, le vertige des belvédères, la peur du labyrinthe, jouer, courir, chercher et se chercher pour comprendre où l’on est et d’où l’on vient, accepter la magie populaire, l’exotisme des livres d’histoires comme seule rêverie. J’ai hâte de surprendre Ferdinand Cheval, de me perdre à nouveau dans les mystères de l’enfance, dans le monde à part de la jeunesse et dans la joie de savoir vivre et finir ma vie. »

Une intervention artistique basée sur l’eau et la lumière

Trésors et Fontaines Dessins préparatoires au crayon © Jean-Michel Othoniel / Adagp, Paris, 2022

Trésors et Fontaines Dessins préparatoires au crayon © Jean-Michel Othoniel / Adagp, Paris, 2022

Au Palais idéal, Jean-Michel Othoniel, investit les grottes, niches et détours escarpés qu’il a découverts et parcourus enfant. L’idée de transformation et de sublimation de la matière, l’importance de l’imaginaire mais aussi du processus de réenchantement du réel qui est au coeur de son travail joue harmonieusement avec l’œuvre de Ferdinand Cheval pour construire un parcours enchanteur.

Ainsi, les grottes, les alcôves et les circonvolutions du Palais idéal abritent des joyaux précieux, briques incandescentes, perles géantes et autres trésors imaginés par l’artiste.

Dans ce dialogue intime avec ce Temple de la Nature qu’est le Palais idéal, l’artiste fait de l’eau et de la lumière ses matériaux privilégiés et imagine pour la première fois depuis le facteur Cheval des installations de mise en eau qui permettront aux visiteurs de vivre une expérience au plus proche de celle pensée et voulue par Ferdinand Cheval. Fontaines, bassins et sources se réveillent ainsi de leur long sommeil le temps de l’exposition Le rêve de l’eau.

Palais idéal du facteur Cheval © Frederic Jouhanin, Palais idéal du facteur Cheval, 2022

Palais idéal du facteur Cheval © Frederic Jouhanin, Palais idéal du facteur Cheval, 2022

Réalisé pour une grande partie la nuit à la lumière des bougies, le Palais idéal a été conçu par le facteur Cheval pour jouer avec la lumière changeante du jour et les déclinaisons des saisons. C’est porté par cette même intention que Jean-Michel Othoniel produit plusieurs œuvres utilisant la lumière et venant interpréter l’histoire du Palais idéal. Ainsi, Ferdinand Cheval accumulait les pierres, mais parfois certaines ne trouvait pas de place dans son Palais. Il les conservait et les plaçait dans ce qu’il a appelait le « Musée Antidéluvien ». Pour la première fois un artiste est invité à intervenir à l’intérieur de ce véritable reliquaire. Derrière les grilles conçues par le facteur Cheval pour protéger son trésor de pierres, Jean-Michel Othoniel place Oracle, sculpture de briques dorées réalisées en Inde, qui évoque autant la construction, le Sacré, le désir d’ailleurs.

Plus loin, pénétrant au cœur du bâtiment, l’artiste conçoit deux sculptures lumineuses qui reprennent la forme de la Pierre d’achoppement qui a donné naissance au Palais idéal. Ici, reproduite en verre et suspendue à des crochets placés par Ferdinand Cheval, sa lumière vient éclairer les plafonds et parois sculptés.

Jean-Michel Othoniel créé également six vitraux venant colorer la lumière pénétrant dans la galerie du Palais idéal. Leurs motifs, reprenant les formes communes aux deux artistes, s’inspirent de la nature et sa profusion. Créés spécialement pour le lieu, ils viennent trouver une place idéale sous la phrase inscrite à la main par l’illustre Facteur « Où le songe devient la réalité ».

Des œuvres conçues spécialement et placées dans le palais

Trésors et Fontaines © Jean-Michel Othoniel Adagp, Paris, 2022

10 fontaines conçues pour le Palais rendent le rêve du facteur Cheval possible : le faire vivre par l’eau qui jaillit et coule dans le bâtiment. Réalisées en verre de Murano et en verre miroité bleu indien, elles dialoguent avec l’oeuvre du facteur Cheval tant formellement que par association avec les motifs représentés.

La plus grande d’entre elles vient souligner le début de la construction du Palais idéal : la Source de vie. Lors de la venue d’illustres visiteurs, le facteur Cheval animait la Source de vie en faisant jeter des seaux d’eau pour qu’elle devienne une fontaine.

Par son intervention sur la façade Est, Jean-Michel Othoniel réalise le dessein de Ferdinand Cheval avec un ensemble de fontaines dont la forme même est ondoyante. Quatre autres fontaines sont placées dans les niches de la façade Nord, faisant du Palais idéal une nymphée.

Vitraux Détail, Palais idéal du facteur Cheval © Jean-Michel Othoniel Adagp, Paris, 2022

© Jean-Michel Othoniel Adagp, Paris, 2022

© Jean-Michel Othoniel Adagp, Paris, 2022

© Jean-Michel Othoniel Adagp, Paris, 2022

6 vitraux placés dans la galerie viennent souligner l’utilisation de la lumière par le facteur Cheval. Placés dans l’encadrement des portes et fenêtres de la galerie du Palais, les vitraux créés par Jean-Michel Othoniel viennent projeter une lumière colorée à l’intérieur de l’édifice de Ferdinand Cheval.

Revenant aux origines même de l’édifice, Jean-Michel Othoniel reprend les motifs de Source de vie et de l’Arbre de vie du dessin original du Facteur et les réintègre dans l’édifice. Le cheminement à l’intérieur du Palais idéal, scandé par les vitraux, permet alors une révélation progressive du lieu que son auteur avait d’abord nommé le Temple de la Nature.

Idéalement placés, l’un des vitraux se révèle dès l’entrée entre les colonnes du Temple égyptien ; l’autre est surplombé d’une phrase du facteur Cheval : « Où le songe devient la réalité ».

Œuvres présentées dans l’espace muséographique

À l’intérieur des espaces d’expositions du Palais idéal, Jean-Michel Othoniel rend visible la cohérence et l’adéquation de son œuvre avec celle du facteur Cheval en réactivant des oeuvres déjà existantes dont la forme et l’histoire viennent dialoguer avec ce Rêve de l’eau. Dans ce vaste ensemble, les aquarelles sont l’image même de ce lien, unissant le dessin du facteur Cheval et le projet de Jean-Michel Othoniel.

Dès lors les eaux bleus dessinées par le facteur Cheval viennent se fondre dans les fontaines aquarellées de Jean-Michel Othoniel.

Precious Stonewall, 2010 © Jean-Michel Othoniel / Adagp, Paris, 2022 / photo © Guillaume Ziccarelli

Precious Stonewall, 2010 © Jean-Michel Othoniel / Adagp, Paris, 2022 / photo © Guillaume Ziccarelli

Dans ces espaces, il est notamment question de construction avec Precious stonewall, une œuvre de 2010 qui a été montrée une seule fois jusqu’alors au Centre Pompidou et qui se matérialise ici sous la forme d’un grand mur – constitué de 4 tonnes de verre miroité ambre – traversant l’espace. Les colliers de verre qui l’ornent ne sont pas sans rappeler les circonvolutions des dessins de Cheval.

Grotta Azzurra, 2017 © Jean-Michel Othoniel / Adagp, Paris, 2022 photo © Guillaume Ziccarelli

Grotta Azzurra, 2017 © Jean-Michel Othoniel / Adagp, Paris, 2022 photo © Guillaume Ziccarelli

Un peu plus loin, la Grotta Azzurra mi fontaine, mi temple devient une autre icône de ce dialogue à travers les âges entre deux artistes singuliers.

Le Facteur Cheval

Joseph Ferdinand Cheval devant son Palais Idéal. © DR

Joseph Ferdinand Cheval devant son Palais Idéal. © DR

En avril 1879, Ferdinand Cheval, facteur rural alors âgé de 43 ans, bute sur une pierre si bizarre lors de sa tournée qu’elle réveille un rêve. Autodidacte, il va consacrer 33 ans de sa vie à bâtir seul, un Palais de rêve dans son potager, inspiré par la nature, les cartes postales et les premiers magazines illustrés qu’il distribue. Parcourant chaque jour une trentaine de kilomètres à pied pour ses tournées, il va ramasser sur son chemin des pierres, aidé de sa fidèle brouette. Son Palais de rêve est achevé en 1912.

N’ayant pu être enterré dans son Palais, Ferdinand Cheval se lance à 78 ans dans la réalisation de sa propre tombe dans l’enceinte du cimetière du village : «Le tombeau du silence et du repos sans fin». Il y repose avec toute sa famille.

L’œuvre d’une vie, d’un seul homme

© Frederic Jouhanin, Palais idéal du facteur Cheval, 2022

© Frederic Jouhanin, Palais idéal du facteur Cheval, 2022

L’univers de Ferdinand Cheval surprend au détour d’une rue du village de Hauterives. Dans un jardin luxuriant, le facteur Cheval a imaginé son Palais peuplé d’un incroyable bestiaire (pieuvre, biche, léopard, éléphant, oiseaux, etc.), mais aussi trois géants, des fées, des personnages mythologiques parmi une végétation exotique et des architectures de tous les continents, tout un monde mariant l’Orient et l’Occident.

Unique au monde

Considéré comme une oeuvre majeure par les plus grands peintres et sculpteurs, depuis plus d’un siècle, ce palais accueille de prestigieux visiteurs comme d’illustres inconnus. Aujourd’hui, ses admirateurs viennent des six coins de l’hexagone et du monde entier pour découvrir ce labyrinthe de pierre à nul autre pareil. Le Palais idéal a été classé Monument Historique en 1969 par André Malraux, alors Ministre de la Culture, au titre de l’art naïf.

Informations supplémentaires

Exposition

Jean-Michel Othoniel : Le rêve de l’eau

Dates

Du 14 mai au 6 novembre 2022

Adresse

Palais idéal du facteur Cheval
8 rue du Palais, CS 10008
26390 Hauterives, France

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