Communiqué

02 February 2022

Un violon stradivarius

Le dessin et les proportions des violons demeurent en effet un mystère. Comment se fait-il que dès sa naissance, le violon ait trouvé les formes qu’on lui connaît, qui n’ont quasiment pas bougé en quatre siècles, parfaitement adaptées à la production des sons ? Combinaisons complexes de cercles ? Géométrie de la section d’Or ? Racine de 2, et autres grandeurs irrationnelles ?… Les hypothèses ne manquent pas, qui supposent des compétences mathématiques élaborées, peu compatibles avec les savoirs d’un artisan du XVIIe siècle, fût-il de Crémone. Alors quelle méthode a bien pu suivre Antonio Stradivari ?

Alexandre Wajnberg dans l'atelier d'André Theunis

Alexandre Wajnberg dans l'atelier d'André Theunis © DR

André Theunis et Alexandre Wajnberg sont partis des outils et des systèmes de mesure en usage à Crémone au XVIIe siècle. Constatant que la distance entre les deux sillets — 483 mm — est quasi égale à l’unité crémonaise — le braccio —, les auteurs ont recherché d’autres dimensions du violon s’exprimant elles aussi en chiffres ronds, ou en fractions simples de cette unité !

Antonio Stradivari

Gravure d'Antonio Stradivari par Frédéric Désiré Hillemacher Gravure d'Antonio Stradivari © Domaine public

Et par une astuce contre-intuitive — que seul un maître-luthier pouvait imaginer —, ils ont trouvé la solution dans l’espace vibratoire intérieur de l’instrument, dans ses dimensions mesurées tout autrement que d’habitude, à partir des moules de Stradivarius conservés à Crémone.

Moule d'un violon Stradivarius

© DR

Résultat, il n’est plus besoin de faire intervenir des valeurs mathématiques irrationnelles pour rendre compte des dimensions des violons. On peut se fonder sur les règles de proportionnalités musicales connues depuis Pythagore, mathématisées en 1558 par Gioseffo Zarlino, et largement dominantes dans la culture de l’époque de Stradivari : ces proportions rationnelles sont en phase avec celles définissant la gamme naturelle, dite de Zarlino. L’espace intérieur du violon est, littéralement, construit en « accord parfait » !

L’article The Well Harmonized Mould paraît dans le numéro de février (pp.48-53) du Strad Magazine. Cette revue anglaise, de référence internationale, couvre la vie du quatuor, les recherches en lutherie, les grands instruments anciens et modernes, les musiciens, la vie musicale en général.

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