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Au Théâtre Royal du Parc, "Une Mouette"

JC Darman

04 February 2026

Le Théâtre Royal du Parc présente actuellement une version raccourcie et ramassée de la plus célèbre des pièces de l’écrivain russe Anton Tchékhov.

Au Parc, le spectacle dure une heure vingt sans entracte avec cinq comédiens sur scène. La Mouette originale de Tchékhov compte treize personnages, se déroule en quatre actes où l’action s’étale sur deux ans. La première eut lieu à Saint Pétersbourg le 6 octobre 1896. La pièce était alors jouée à la mode de l’époque, c’est-à-dire comme une comédie et dans une mise en scène rudimentaire. Ce fut un bide retentissant ; le chahut fut tel que Tchekhov dut s’enfuir au milieu du deuxième acte. Aujourd’hui pourtant cette pièce a revêtu une importance considérable dans l’histoire du théâtre. Elle est vue comme l’embase de l’interprétation et de la mise en scène modernes. Grâce à Constantin Stanislavski, sans doute un des plus grands concepteurs de la pratique théâtrale. Sous sa direction et selon ses méthodes totalement innovantes, la pièce fut reprise à Moscou en décembre 1898 et cette fois ce fut un triomphe. Á la grande surprise de Tchékhov qui, dans une lettre à Maxime Gorki, écrivit « je ne pouvais croire que c’était moi l’auteur ».

Anton Chekhov © Domaine publique

La Mouette se situe aux confins de la tragédie. C’est aussi du théâtre dans le théâtre où paradoxalement auteurs et acteurs illustrent la difficulté du dialogue, voire l’incommunicabilité. Des histoires d’amour où on s’aime mal, où chacun des protagonistes aime la mauvaise personne.

Stanislavski aurait sans doute applaudi la mise en scène réalisée au Théâtre du Parc par Valériane De Maerteleire. Elle parvient à clarifier les entremêlements conflictuels de cette pièce mythique du théâtre naturaliste et symboliste. On pourrait cependant regretter que cette version raccourcie adoucisse quelque peu la pièce, la rende moins âpre.

© Aude Vanlathem

Interpréter les personnages de Tchékhov requiert beaucoup de talent et de technique de la part des comédiens. Heureusement ceux du Parc n’en manquent pas. Il y a Konstantin Treplev (Sigfrid Moncada), le jeune dramaturge amoureux de Nina ; Nina (Lili Sorgeloos), la jeune fille qui veut devenir comédienne et tombe sous le charme de Trigorine ; Trigorine (Quentin Minon,) écrivain connu est l’amant d’Arkadina ; Arkadina (Anouchka Vingtier) actrice célèbre et égocentrique est la mère de Konstantin. Il y a aussi Guy Pion qui joue Sorine, le frère ainé de Arkadina, sorte d’observateur et d’arbitre de ces embrouillaminis conflictuels. Les deux rôles féminins (et leurs interprètes) prédominent : Anouchka Vingtier émouvante dans le rôle de prima dona vieillissante et Lili Sorgeloos remarquable dans l’impressionnante évolution de son personnage. Les décors et lumières sont en adéquation avec l’écourtement de la pièce. Outre la mise en scène, la complexité de l’œuvre nécessite aussi une dramaturgie bien faite pour garantir une certaine cohérence à ce spectacle difficile. C’est Thierry Debroux qui s’est efficacement chargé de cette tâche. Restent peut-être quelques problèmes d’acoustique encore à régler.

© Aude Vanlathem

© Aude Vanlathem

Un spectacle éloigné des brillantes adaptations théâtrales de grandes épopées littéraires auxquelles le Parc nous avait habitués. Au grand dam peut-être de certains spectateurs, mais au moins cela prouve (si besoin en était) que le Parc excelle aussi à monter des pièces plus intimistes, plus « intellos ».

La Mouette est à la mode cette saison. En avril ce sera le Jean Vilar qui présentera l’œuvre au Théâtre des Martyrs à Bruxelles.

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Bruxelles

Informations supplémentaires

Pièce

Une Mouette

Dates

Jusqu’au 28 février 2026

Adresse

Théâtre Royal du Parc
Rue de la Loi, 3
1000 Bruxelles

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