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Thomas de Bergeyck

06 May 2024

Et l’on peut s’en réjouir. En Thaïlande, ils sont peu nombreux à avoir eu l’opportunité de parler avec feu le roi Bhumibol, qui régna plus de 70 ans et dont les images iconiques fleurissant à chaque carrefour ont fini par faire croire que l’homme était d’essence divine. Le toucher ? Vous ne l’imaginez pas. Pareil pour la reine Elizabeth. Au début de son règne surtout, elle a développé l’idée que son ascendance “exceptionnelle” devait forcément trouver en elle un prolongement divin. Au demeurant, les monarchies du Golfe entretiennent encore le caractère sacré de leur fonction.

En Thaïlande, le roi Bhumibol avait la statut de quasi-divinité © Photo News

© Photo News

Fort heureusement pour les sujets de sa Majesté, les temps ont changé. Et l’on peut s’en réjouir. J’ai été frappé par cette vidéo qui a circulé en ce début mai sur la Toile, montrant l’héritier du trône britannique, mal à l’aise face à la question d’une fidèle des Windsor, vêtue des couleurs nationales. « Je peux vous demander comment vont vos enfants, et votre épouse ? » Ce à quoi le prince William a répondu d’un double « Nous allons très bien, merci », embêté, le sourire mi-figue mi-raisin. On le sent pris de cours, surtout dans le contexte de persécution que vit cette famille depuis les annonces de cancer de Catherine, mais aussi du roi Charles. Le retour au-devant de la scène du souverain ces derniers jours peut être qualifié de réussi. Physiquement, le Roi ne parait pas être en traitement d’une tumeur. Mais qui sait les efforts fournis par cet homme pour ne rien laisser paraître ? La crainte qu’il doit avoir de laisser s’envoler les spéculations, pour un œil rougi, un teint par trop pâlot ou un pas mal assuré ?

Imaginez la pression de cet homme, tiraillé entre la nécessité de son office et la réalité de sa santé. Une première apparition scrutée par tous les observateurs royaux qui, heureusement, devront se contenter de sorties parcimonieuses, le Roi devant encore poursuivre ses traitements et c’est de loin la priorité. Et que dire de ces minables supputations émises fin avril par un quotidien sorti de nulle part, américain, qui a révélé que la santé du roi Charles s’était détériorée. Le gouvernement britannique réécrirait régulièrement le scénario de ses funérailles, l’opération “Menai Bridge”, face à cet homme que le canard yankee qualifie de « très mal en point ». Au faîte de cette nouvelle abjection, on peut penser que le monarque n’ait eu de cesse de faire bonne figure pour prouver le contraire.

Le roi Charles III, en ce début du mois de mai de cette année, fait mieux que bonne figure. À quel prix ? © Stephen Lock/i-Images/Polaris)

Il est loin le temps du Never explain, never complain cher à Sa Majesté Elizabeth. Se taire dans toutes les langues n’est plus un rempart contre l’infamie. Pourquoi ? Parce que l’essence divine s’est évaporée. Qu’un roi n’est plus l’envoyé de Dieu sur Terre pour diriger les hommes. Il n’est plus cet être d’exception nimbé d’une aura demeurée invisible du vulgus pecum. Il est un homme, une femme presque comme les autres. La preuve : la maladie le touche. Un destin partagé qui force la transparence.

Les carrosses et les dorures font partie de la pompe sacrée des monarchies. Ils sont en voie de disparition © i-Images/Polaris

C’est à cela que sert l’apparat dans une monarchie : les carrosses, bataillons et autres sceptres sont là pour nous rappeler qu’autour d’un homme fait de chair et de sang, il y a une belle histoire à raconter : du grandiose, de l’Histoire, de l’exceptionnel. Sacré ? Non. A taille humaine, tout simplement.

Portrait de Jules François Crahay en 1962

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