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Christophe Vachaudez

27 May 2024

Farah Dibah naît à Téhéran le 14 octobre 1938. Alors que son grand-père fut ambassadeur de Perse en Russie, son père Sohrab choisit une carrière militaire et entre à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr avant d’intégrer, à son retour, l’armée iranienne. Il rencontre Farideh Ghotbi et l’épouse en 1937. Farah va bénéficier d’une éducation soignée, inscrite à l’école italienne de Téhéran puis au collège français. Elle suivra ensuite des cours d’architecture à Paris. C’est dans la ville lumière qu’elle rencontre pour la première fois le Shah d’Iran dont les deux mariages se sont terminés en divorce. De son union avec la princesse Fawzia d’Égypte, il a eu une fille, prénommée Chahnaz, mariée à Ardeshir Zahedi, fils d’un général, intime du shah. Le couple s’entretient avec la jeune fille car il est impératif que le souverain convole à nouveau et pérennise la dynastie des Pahlavi. Plus que positif, l’échange débouche sur une deuxième rencontre et, très vite, les fiançailles sont annoncées. Nous sommes le 1er décembre 1959. Un mariage de conte de fée a lieu 20 jours plus tard.

© Farah Pahlavi/Éditions de Gourcuff Gradenigo

© Farah Pahlavi/Éditions de Gourcuff Gradenigo

L’étudiante, championne en basket-ball et en saut en hauteur, découvre soudain le monde feutré des palais impériaux. Robes de haute-couture et joyaux inouïs font désormais partie de son quotidien. Á 21 ans, elle doit se fondre dans un rôle encore mal défini. La naissance de Reza, l’héritier tant attendu, conforte la position de Farah qui a tenu à accoucher dans un hôpital public, premier rapprochement vers les Iraniens. Le 20 mars 1961, un décret impérial lui accorde le titre de Shahbanou, confirmant sa place à la cour. Sept ans plus tard, elle est couronnée par son époux au palais de Golestan lors d’une cérémonie grandiose inspirée des sacres occidentaux. Il est ainsi convenu que Farah, le cas échéant, puisse assumer la régence en cas de nécessité, une avancée de taille pour l’Iran où les femmes occupent encore une place effacée. L’Impératrice n’aura de cesse d’améliorer le sort de ses compatriotes, sillonnant inlassablement l’Iran pour se rendre compte des besoins. Ils sont colossaux mais rien ne semble la décourager et, avec l’assentiment de son époux, et le soutien financier des fondations impériales, elle débute un travail de fond dans des domaines aussi divers que les soins de santé, l’éducation, le droit des femmes, l’accès au sport et le développement culturel. Impossible de citer tout ce qui fut mis sur pied mais, avec son cabinet qui, à la fin du règne, comptait plus de quarante collaborateurs, le travail accompli suscite l’admiration.

© Farah Pahlavi/Éditions de Gourcuff Gradenigo

© Farah Pahlavi/Éditions de Gourcuff Gradenigo

D’emblée, Farah s’attaque à la lèpre qui sévit encore en Iran, et fonde dès 1963 la Société nationale de lutte contre le cancer, rapidement dotée de 34 centres. L’Association de sauvetage des brûlés voit le jour en 1965 alors que l’année suivante, c’est la pédiatrie qui est à l’honneur. L’Impératrice est à l’origine de la construction d’orphelinats pour une capacité de 10.000 âmes tout en soutenant les mères et les enfants en bas-âge à travers l’organisme Lion-et-Soleil-Rouge de l’Iran. Elle crée l’École des aveugles comme la Fédération des sports pour les sourds-muets. Côté culturel, l’Impératrice s’investit dans la promotion des arts iraniens, portant des tenues réalisées dans des étoffes brodées de motifs persans, patronnant l’Orchestre symphonique de Téhéran, assurant la promotion de la langue persane, mettant sur pied le Festival des Arts de Chiraz afin de mettre en lumière l’art contemporain. On construit à son initiative une salle de concert et un théâtre à Téhéran alors que les musées du tapis, de la céramique et du verre iraniens mais aussi de l’art contemporain sortent de terre. Les fameuses fêtes de Persépolis constitueront l’apogée de cette politique de valorisation du pays sur la scène internationale.

© Farah Pahlavi/Éditions de Gourcuff Gradenigo

© Farah Pahlavi/Éditions de Gourcuff Gradenigo

L’Université Farah Pahlavi, réservée aux femmes, est inaugurée par l’Impératrice en 1975. Elle s’intéresse aussi à l’archéologie et intervient dans la restauration de monuments majeurs du pays. De son côté, elle débute une collection personnelle d’art contemporain, réunissant des œuvres de Van Gogh, Sali, Picasso, Derain ou encore Toulouse-Lautrec. Après Reza, Farah a donné le jour aux princesses Farahnaz et Leila et au prince Ali-Reza. Elle partage son quotidien entre les palais de Niavaran, de Golestan, de Saadabad quand elle ne voyage pas à l’étranger, aux côtés de son époux, pour établir des liens diplomatiques et économiques avec les principales nations de la planète. L’Iran connait un boom économique que jalousent nombre d’autres puissances et quand les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne décident de ne plus soutenir le Shah tout en favorisant l’émergence d’un pouvoir religieux, les Pahlavi sont contraints à l’exil.

© Farah Pahlavi/Éditions de Gourcuff Gradenigo

Alors que le pays sombre dans les ténèbres, un périple éprouvant commence alors pour le Shah et les siens qui sont désormais persona non grata. Après l’Égypte, le Maroc accueille la famille impériale qui fuit ensuite vers les Bahamas puis le Mexique. Malade, Mohammed Reza est hospitalisé aux États-Unis avant d’être dirigé vers le Panama et de revenir en Égypte où il meurt des suites d’un cancer le 27 juillet 1980. L’Impératrice assume la régence jusqu’à la majorité de son fils, le 31 octobre de la même année. Ce dernier jure sur le Coran de poursuivre l’œuvre de ses ancêtres. Suite à l’assassinat du président Sadate, la famille impériale s’installe aux États-Unis. Marquée par le destin, Farah ne baisse pas les bras et défend toujours la cause des Iraniens. Elle doit toutefois rester prudente puisque l’état islamique l’a condamnée à mort. Au fil des ans, elle aménage un pied à terre à Paris et une résidence à Taroudant au Maroc, pays qui lui a conservé toute son amitié. Les suicides de deux de ses enfants, la princesse Leila en 2001 et le prince Ali-Reza en 2011, la meurtrissent au plus haut point mais elle ne concède rien et continue à avancer contre vents et marées, espérant un jour retourner en Iran, pays qu’elle a servi avec un dévouement sans failles durant tant d’années. Cet album raconte l’épopée d’une femme unique, entre malheurs et bonheurs, à travers des photos inédites cristallisant une vie riche en succès et en épreuves.

Farah, par Frédéric Mitterand, Éditions de Gourcuff-Gradenigo, 2024

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Livre

Farah

Auteur

Frédéric Mitterand

Éditeur

Éditions de Gourcuff-Gradenigo

Sortie

2024

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