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Question de sens : quand le rôle que l’on joue ne nous ressemble plus

Question de sens

Françis Cantraine

30 April 2026

Il arrive que tout fonctionne… et pourtant, quelque chose sonne faux. Pas dans les résultats. Pas dans ce que l’on fait. Mais dans la manière dont on le fait.Comme si, à l’intérieur, une forme de distance s’était installée, d’abord discrète, presque imperceptible, puis de plus en plus présente. Ce moment est souvent difficile à nommer. Et pourtant, beaucoup le reconnaîtront.

Nous passons une grande partie de notre vie à endosser des rôles. Dirigeant, parent, conjoint, associé, ami. Des rôles utiles, structurants, parfois même nécessaires pour avancer, décider, construire. Ils donnent un cadre, une place, une direction. Ils permettent d’être reconnu, identifié, attendu. Mais à force de les habiter, il arrive que nous finissions par nous y confondre. Et sans vraiment nous en rendre compte, ce qui était un rôle devient progressivement une identité. Parce que ces rôles ont aussi une fonction rassurante. Ils donnent une place claire, une reconnaissance, une forme de stabilité. Ils permettent de savoir qui l’on est aux yeux des autres… et parfois même à ses propres yeux. Et tant que cela fonctionne à l’extérieur, il est facile de ne pas questionner ce qui, à l’intérieur, commence à se déplacer.

Je me souviens d’un dirigeant que j’accompagnais. À un moment de notre travail, je lui propose un exercice simple : écrire spontanément la manière dont il se perçoit aujourd’hui dans son rôle. Il note : « Je suis la référence pour mes équipes. » Je lui demande alors ce qu’il ressent en relisant cette phrase. Il s’arrête, observe les mots, puis me répond simplement : « C’est lourd. » Je lui propose de la réécrire, mais cette fois de la manière la plus juste possible pour lui, aujourd’hui. Il barre “la”, écrit “une”, puis relit : « Je suis une référence pour mes équipes. » Quelque chose se relâche. Son corps bouge légèrement, son regard s’ouvre, un sourire apparaît. « C’est exactement ça… c’est plus léger. » Ce qui vient de se passer est presque invisible. Un mot a changé. Et pourtant, derrière ce mot, c’est tout un positionnement qui s’ajuste. Passer de “la référence” à “une référence”, c’est quitter un rôle à tenir en permanence pour retrouver une place à habiter. C’est sortir d’une posture où il faut être à la hauteur d’une image, pour revenir à quelque chose de plus vivant, plus mobile, plus humain. Et souvent, cette bascule parle bien au-delà de cette simple phrase.

Car la question ne concerne pas uniquement ce dirigeant. Elle traverse beaucoup de trajectoires. Certains rôles que nous continuons à jouer aujourd’hui ont été utiles à un moment donné. Ils ont permis d’avancer, de construire, de s’affirmer. Mais il arrive qu’ils ne correspondent plus complètement à ce que nous sommes devenus.

Et pourtant, nous continuons à les porter. Par habitude. Par loyauté. Par peur de ce que cela changerait de les relâcher. Et parfois aussi parce que, extérieurement, tout continue de fonctionner.

Le problème n’est pas d’avoir des rôles. Le problème commence lorsque nous oublions que ce n’est qu’un rôle… et que nous finissons par croire que ce rôle, c’est nous. C’est à cet endroit que le décalage intérieur s’installe. Pas forcément visible. Pas forcément conscient. Mais réel.

Il se manifeste dans une fatigue plus diffuse, dans une tension difficile à expliquer, dans une forme de rigidité qui s’invite dans les décisions ou dans les relations. Comme si quelque chose en nous continuait à jouer… sans être totalement aligné avec ce que nous sommes devenus. Et parfois, sans même s’en rendre compte, on continue à faire “comme si”. Dans ces moments-là, la question n’est plus : « Quel rôle dois-je jouer ? » Mais plutôt : « Qui suis-je derrière tous les rôles que je joue ? » Ce dirigeant n’a pas changé de fonction. Il n’a pas bouleversé son organisation, ni tout remis en question. Mais il a commencé à ajuster la manière dont il habitait son rôle. Moins de pression à devoir être celui qui sait. Plus de place pour faire émerger les autres. Moins de contrôle. Plus de confiance.

Extérieurement, peu de choses ont changé. Mais intérieurement, quelque chose s’est déplacé. Nous n’avons pas toujours besoin de changer de vie pour retrouver de la cohérence. Mais nous avons souvent besoin de voir là où nous continuons à jouer des rôles qui ne nous ressemblent plus tout à fait. Et surtout… d’accepter de le voir. Car à partir du moment où cela devient visible, il devient plus difficile de continuer comme avant.

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À propos de l’auteur

Après avoir exercé à trois reprises la fonction de Directeur Général, Francis Cantraine accompagne aujourd’hui dirigeants et entrepreneurs comme executive coach MCC et confident stratégique. Formateur et professeur à l’Académie du Coaching, il intervient également dans les entreprises autour des enjeux de leadership, de communication et de transformation, avec une conviction : la performance durable apparaît lorsque l’humain retrouve sa juste place dans les organisations. Il est également l’auteur de EnQuête De Sens, une formation qu’il a développée et qu’il anime en Belgique et à Bali pour accompagner celles et ceux qui souhaitent revisiter leur trajectoire et retrouver davantage d’alignement entre réussite et sens.

Photo de couverture : © DR/Shutterstock.com

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