Sarah Belmont

11 March 2022

The St Regis © DR

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Henry James, Jean-Paul Sartre, William Turner y ont séjourné. En 1908, Claude Monet pose ses valises au Grand Hôtel Britannia, inauguré en 1895 en plein cœur de Venise. Source d’inspiration intarissable pour les créateurs de notre époque, les chefs-d’œuvre nés dans sa chambre immortalisent un panorama grandiose sur la Punta della Dogana, les basiliques San Giorgio Maggiore et Santa Maria della Salute… autant de sites qu’il fait bon appréhender de près comme de loin. Troisième ancrage italien du groupe Marriott, cet hôtel historique continue de célébrer les artistes en les exposant simplement, ou en leur commandant des œuvres constitutives d’une collection en devenir.

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Le tout premier résident du St. Regis n’est autre qu’Olivier Masmonteil, paysagiste de formation, qui pêche à la mouche, les pieds dans l’eau, quand il ne peint pas à l’huile. « Un jour, je consulte mes spams et tombe sur un mail de Stéphane Obadia, le directeur du développement chez Schroders, qui m’apprend être en train de restaurer un hôtel à Venise. Un mail vieux de quinze jours ! », raconte l’artiste globe-trotter, qui a déjà deux tours du monde à son actif.

The St Regis

The Fish de Marta Klonowska © DR

L’invitation au voyage commence à bord d’un vaporetto privé. Cap, cheveux au vent, sur l’ex-Grand Hôtel Britannia ! Dans le hall d’entrée se dresse The Fish  (poisson, en anglais) de Marta Klonowska. Ce grand saumon en verre et métal s’inspire de l’iconographie japonaise. Au-delà, en face de la conciergerie, se profile le Gran Salone.

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C’est là que Masmonteil signe un ensemble de grands formats inspirés des quatre Allégories à la gloire des doges de Venise (1577) aperçues au préalable dans le cadre d’une exposition consacrée aux 400 ans de la mort du Tintoret. « Elles avaient été décrochées pour l’occasion. J’ai eu envie de perpétuer leur nudité inédite, loin des moulures qui les encadrent habituellement au Palais des Doges. Sans compter mon admiration pour le Tintoret, peintre mystérieux à bien des égards, qui m’a conforté dans le choix de mon sujet. », explique l’artiste connu pour ses hommages aux maîtres anciens.

Sa série La Mémoire de la peinture s’appuie sur des chefs-d’œuvre, dont il réveille les contours ou qu’il dote parfois d’un voile sérigraphique. « Recouvrir pour dévoiler ». Telle est sa devise. Chez Olivier Masmonteil, les anachronismes servent à créer une peinture, sinon contemporaine, du moins atemporelle.

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Son intervention ne se limite pas au rez-de-chaussée du St. Regis. Rendez-vous dans les deux suites Monet, qui se distinguent des 169 chambres de l’établissement notamment par l’histoire qu’elles racontent, celle d’un impressionniste envoûté par les charmes de la Sérénissime. Les peintures de Masmonteil, issues d’une série intitulée Horizons, cohabitent avec des sculptures en bronze et en plâtre de l’artiste italien Massimiliano Pelletti, ainsi que des créations du Canadien James Thomas. Il s’agit de paysages striés de lignes contrastées, leitmotiv qui exhale une poésie incomparable.

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La collection du St. Regis s’étend à d’autres signatures. Celle de l’Espagnol Jaume Plensa retentit depuis la bibliothèque jusque dans le couloir qui mène à une autre aile de l’établissement. L’hôtel consiste en cinq palazzi, dont le plus ancien, le Badoer Tiepolo, date du XVIIe siècle. Sur les étagères, une composition géométrique de Tony Crag tutoie les Figurines de Karen La Monte, modelées dans des drapés d’un réalisme saisissant.

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Au milieu de l’Arts Bar trône un Fat Bus d’Erwin Wurm, véhicule aux courbes généreuses que l’on croirait sorti tout droit d’une bande dessinée. Peu avant, Olivier Masmonteil sabrait le champagne au restaurant Gio’s, tradition héritée des guerres napoléoniennes. « En cas d’échec ou de victoire, une coupe s’avère toujours la bienvenue ! », explique le maître d’hôtel aux invités assoiffés, pour la plupart, d’art.

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Heureusement, la carte des cocktails rend hommage aux maîtres anciens et contemporains. À commencer par le Tintoret (encore lui !), associé au Venitian Cobbler. Baies sauvages, abricots, citron, fraises… Baies sauvages, abricot, citron, fraise… Un feu d’artifice de saveurs évoque le génie de celui que l’on surnomme affectueusement « le petit teinturier ». Le G&T with a View honore, lui, Canaletto. Le Dot (point, en anglais) du Whisky Dot Sour est une allusion à Yayoi Kusama, obnubilée par les pois depuis son enfance. Sans oublier le Canal Art, allusion à Venice in Oil. Cette œuvre de Banksy, exécutée lors de la Biennale de 2019, critique le tourisme de masse et la pollution qu’il génère. Oil en anglais désigne à la fois le pétrole et la peinture à l’huile, que pratique… Olivier Masmonteil, bien sûr ! La boucle est bouclée. Santé !

Photo en couverture : © DR

Informations supplémentaires

Adresse

The St. Regis Venice
San Marco 2159
30124 Venezia, Italie

Téléphone

+39 041 240 0001

Réservations

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