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Chronique de la Croisette : « Vous m'épargnerez Cannes ? »

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Rédaction Eventail

24 May 2017

© Mehdi Chebil/Polaris/Photo News

[caption id="attachment_17738" align="alignnone" width=""]Vincent Lindon, Izia Higelin, Severine Caneele, Jacques Doillon[/caption]Le Festival bat son plein. Mais entre les projections de presse qui s'enchaînent à un rythme effréné (les plus motivés peuvent voir jusqu'à six films par jours !), se produit ce qu'on redoute par-dessus tout.

Samedi, 19h30, léger mouvement de panique juste avant la projection du « Redoutable », la comédie décapante-dérangeante-sur Jean-Luc Godard. Un colis suspect a été repéré à l'intérieur de la salle Debussy. Fausse alerte. Tout est rentré dans l'ordre « Encore une facétie de Godard » réagit un critique impatient. En tout cas, Louis Garrel dans la peau et la tête - très amoureuse - de Godard est tout simplement épatant. Michel Hazanavicius avait triomphé avec « The Artist » (2011). Va-t-il encore convaincre le jury 2017 ?

 
 Roman Polanski à la fête du 70ème anniversaire du Festival de Cannes © Mehdi Chebil/Polaris/Photo News

Hier, vraie stupeur : on apprend l'attaque-suicide à Manchester. Sur la Croisette, l'émotion est palpable. Après une minute de silence en haut des marches, la vie cannoise continue, malgré tout. Plusieurs coups de cœur et donc des palmes possibles émergent. Dans « The Square » du Suédois Ruben Östlund, tout dérape, lentement mais sûrement. Il fait craquer tous les vernis à travers le personnage d'un quadragénaire sans histoire, conservateur d'un musée d'art contemporain qu'incarne l'excellent acteur danois Claes Bang avec qui il faut désormais compter. Avec « 120 battements par minute », Robin Campillo nous entraîne au début des années 1990 quand le sida fait des ravages depuis dix ans. Le cinéma n'a jamais aussi bien montré l'épidémie - qui ronge les corps et les cœurs - sous tous ses aspects (intime, politique, médical), Campillo réussissant à éviter le mélo sirupeux.

 

 
Colin Farell à la Première de "The Killing of a Sacred Deer" © Simone Comi / Cannes / Ipa/Empics


« Vous m'épargnerez Cannes ? »

Quel bonheur de retrouver Jean-Louis Trintignant venu « défendre » sur la Croisette « Happy End » de Michael Haneke. Le comédien âgé de 86 ans marche lentement, il sourit affectueusement à la jeune actrice belge Fantine Harduin, très applaudie. Face aux journalistes, il lance tout de go : « J'avais demandé à mes producteurs : si je joue cette scène vous m'épargnerez Cannes ? ». Rires dans la salle de presse. Et de continuer: « C'est un grand bonheur de retrouver Michael (NDLR: Haneke). Il fait ses films d'après les données du nouveau roman ». Ce n'est pas pour déplaire à Isabelle Huppert qui retrouve chez Haneke : « une liberté totale qui est le corollaire de la précision ». S'il décroche la récompense suprême, il fera de Michael Haneke le tout premier cinéaste récompensé par trois Palmes d'Or.

 
 Jean-Louis Trintignant © Mehdi Chebil/Polaris/Photo News

Les bons films s'enchaînent donc des aurores le matin à la nuit. Après « The killing of a sacred deer » de Yorgis Lanthimos fortement applaudi, « Les proies » de Sofia Coppola, à nouveau avec Nicole Kidman. Cet huis clos étouffant nous conduit dans un pensionnat de jeunes filles de Virginie coupé du monde alors que la guerre civile fait rage en 1864, où l'arrivée d'un soldat nordiste blessé va provoquer moult remous. Dans ce rôle, Colin Farell - enfin arrivé à Cannes - fait face à un chœur féminin de tout premier ordre, dont Nicole Kidman et de deux comédiennes bien connues de Sofia Coppola : Kirsten Dunst et Elle Fanning.

 
 Elisabeth Moss et Nicole Kidman pour la série "Top of the Lake China Girl" de Jane Campio © Camilla Morandi/Cannes / Ipa/Empics Entertainment/Photo News


Hier soir, le 70ème anniversaire du Festival présidé par Isabelle Huppert réunissait tous les metteurs en scène ayant remporté la Palme d'Or : Claudia Cardinale, Nicole Garcia, Oliver Stone, Emmanuelle Béart, Nanni Moretti, Ken Loach (Palme d'Or l'an dernier), Catherine Deneuve, Sofia Coppola, Uma Thurman, Christoph Walz, Tilde Swinton, André Dussollier, notre compatriote Emilie Dequenne... Claude Lelouch palmé pour « Un homme et une femme » (en 1966) ne peut s'empêcher de filmer la photo de famille avec son portable tandis que Jacques Doillon converse longuement avec Juliette Binoche. Ce soir il présentera son « Rodin » avec Vincent Lindon et la Belge Séverine Cannele.

 
Elle Fanning, Nicole Kidman, Colin Farrell, Sofia Coppola, Kirsten Dunst, ("Les Proies") de Sofia Coppola © Mehdi Chebil/Polaris/Photo News 

Habituée de la Croisette, la Japonaise Naomi Kawase filme la rencontre entre une audiodescriptrice et un homme d'images qui perd la vue. Demain on verra la première sélection pour Josh et Benny Safdie, les deux frères trentenaires du cinéma indépendant new-yorkais avec un film de braquage porté par Robert Pattinson puis « A Gentle Creature », l'odyssée désespérée d'une femme à travers la Russie marque cinquième visite de Sergei Loznitsa à Cannes. Ses deux précédentes fictions, « My Joy » (en 2010) et « Dans la brume » (en 2012) eurent les honneurs de la compétition. Mais en repartant à chaque fois bredouille. « A Gentle Creature » changera-t-il la donne?

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À travers un humour absurde et une tendresse surprenante, la comédie « Baise-en-ville » explore l’amour moderne. Le jeune réalisateur français Martin Jauvat signe une comédie largement autobiographique. Elle raconte avec douceur et légèreté les galères du passage à l’âge adulte quand on est un jeune garçon un peu paumé en banlieue pavillonnaire. « Baise-en-ville » explore aussi le monde du travail confronté à la génération Z. Et quelle est la place de l’amour, du sexe dans cette éducation sentimentale moderne pétrie de fantaisie ? Martin Jauvat propose une fable très drôle, poétique et réaliste sur une génération tiraillée entre idéaux romantiques et dureté de la réalité économique. Rencontre avec le cinéaste.

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