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Corinne Le Brun

20 May 2019

© Rachid Bellak/Bestimage/Photo News

Dans ce film-testament en partie autobiographique - que dire et filmer par la suite tant le film est abouti -, Pedro Almodovar s'attache aux affres d'un réalisateur confronté à ses choix entre passé et présent. Salvador Mallo (Antonio Banderas), cinéaste en panne, a des migraines et des acouphènes. Il va mal. Il est en dépression profonde. La cinémathèque de Madrid veut lui rendre hommage. On a restauré Sabor, l'un de ses premiers films. Pour l'occasion, il renoue avec Alberto (Asier Etxeandia) qu'il n'avait plus revu depuis des lustres. Salvador s'adonne comme un enfant à l'héroïne. La poudre blanche le renvoie à ses souvenirs d'enfance.

© Doug Peters/Empics Entertainment/Photo News

Le village brûlé de soleil, une grotte dans laquelle lui et sa mère (Pénélope Cruz) trouvent un abri de fortune. Salvador a grandi dans les jupes de sa mère. Il est ébloui par le corps nu d'un ouvrier analphabète. Il a sept ans. Aujourd'hui, Salvador n'a plus goût à rien. Ses fantômes et sa nostalgie, ses retrouvailles avec sa mère malade, avec un ancien amant - qui aurait pu être l'amour de sa vie - le tiennent encore debout. Loin des fanfreluches almodovariennes, le réalisateur s'inspire d'une période sensible de sa vie.

Un film éblouissant de tristesse et de sincérité. Il marque les retrouvailles du créateur de la Movida avec deux de ses acteurs fétiches, devenus entretemps des stars internationales: Antonio Banderas (pour la 8e fois) et Pénélope Cruz (pour la 7e fois). Le cinéaste a montré plusieurs films à Cannes où, à défaut de Palme d'or, il a obtenu plusieurs prix, notamment l'Oscar du meilleur film étranger pour Parle avec elle en 2003. À ce stade de la compétition Douleur et gloire mérite une Palme d'or et un prix d'interprétation à Antonio Banderas. Très bien accueilli en Espagne, le film est à l'affiche chez nous depuis vendredi, jour de la projection cannoise.

Le retour de Terrence Malick

Palme d'or 2011 pour The tree of life. On connaît l'œuvre cosmique, spirituelle du réalisateur américain. A Hidden Life, film en langue allemande, tourné il y a près de trois ans et présenté en exclusivité à Cannes, est inspiré de faits réels: l'histoire de Franz Jägerstätter (August Diehl), un paysan autrichien qui refuse de se battre aux côtés des nazis et fut reconnu coupable de trahison par Hitler. Très différent de ses précédents longs-métrages, A Hidden Life marque le retour de Malick à Cannes et à la narration, contrairement à Knight of Cups et Song to Song, ses deux derniers films tournés sans scénario. Au casting également : Matthias Schoenaerts, Michael Nyqvist, Valerie Pachner et Bruno Ganz, disparu en février. Un film événement, qui devrait recevoir un prix.

Les vies d'Adèle Haenel

On n'arrête pas Adèle Haenel. Actrice unique dans le paysage français, elle a plusieurs cordes à son arc artistique : c'est un festival à elle toute seule. Quentin Dupieux lui a confié le rôle de Denise, monteuse, qui tombe en admiration devant Georges (Jean Dujardin) obsédé par son blouson dans Le Daim (La Quinzaine des réalisateurs). La voilà à l'aise, de plus en plus, dans les comédies absurdes.

© Jacovides-Moreau/Bestimage/Photonews

« Elle est en fusion » dit Céline Sciamma la réalisatrice qui l'a dirigée, pour la deuxième fois. Ce n'est pas tout : Adèle Haenel joue une réalisatrice dans Les héros ne meurent jamais (Semaine de la critique) d'Aude Léa Rapin en compétition pour la Caméra d'or.

Alain Delon, un revenant en or

Très attendu, Alain Delon était tout sourire hier soir, devant les photographes et lors de la première mondiale de A Hidden Life de Terrence Malick, avant de recevoir la Palme d'or d'Honneur pour l'ensemble de sa carrière. Trophée que sa fille Anouchka Delon lui a remis dans une salle comble. « C'est plus qu'une fin de carrière, c'est une fin de vie » a déclaré l'acteur très ému. Alain Delon est la dixième personnalité à se voir décerner une Palme d'or d'honneur (après Jean-Pierre Léaud, Jeanne Moreau, Jean-Paul Belmondo ou encore Jane Fonda).

© Jacovides-Moreau/Bestimage/Photonews

Habitué du Festival de Cannes où il débute en 1961 avec Quelle joie de vivre de René Clément, il a monté les marches pour six de ses autres films. Il a boudé le tapis rouge, vexé de ne pas avoir été invité au 50e anniversaire du Festival, en 1997. Il n'avait plus foulé les marches cannoises depuis 2013, lors de la projection d'une copie restaurée de Plein soleil de René Clément, après avoir présenté en 2010 une version restaurée du Guépard.

© Jacovides-Moreau/Bestimage/Photonews 

Aujourd'hui, sa Palme d'or d'Honneur ne fait pas l'unanimité. Une pétition lancée par l'organisation américaine Women in Hollywood lui reproche d'être « raciste, homophobe et misogyne » de par ses prises de position contre la communauté LGBTQ+ et les migrants. Cannes n'est jamais à l'abri d'un happening : Alain Delon est bel et bien venu.

À l'occasion de cette Palme d'Or d'Honneur, une version restaurée de Monsieur Klein de Joseph Losey (1976), a été projettée. Un film fraîchement accueilli en son temps. Il eut été de bon aloi de programmer L'Insoumis deuxième long métrage d'Alain Cavalier (1964) dans lequel Alain Delon incarne un Luxembourgeois insoumis à la guerre d'Algérie. Un film rare, interdit puis amputé que l'on a pu (re)découvrir récemment sur Arte.

D'autant plus que, de son côté et en toute discrétion, Alain Cavalier est venu présenter son excellent long métrage Etre vivant et le savoir, en hors compétition. Un rendez-vous manqué ?

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