Inscrivez-vous à notre newsletter

  • HLCÉ

Gwennaëlle Gribaumont

21 December 2022

© Photo: J-L Deru, Daniel Buren, ADAGP, Paris.

Le projet de l’artiste – un jeu de couleurs mouvant selon la lumière du jour – se déploie sur l’ensemble des verrières de la gare de Liège-Guillemins. Plaçant ses filtres colorés sur quelque 10 000 m2, Daniel Buren métamorphose l’édifice signé Santiago Calatrava. Une invitation à renouveler notre regard sur cette architecture unique et ses infinies possibilités poétiques.

© Daniel Buren, ADAGP, Paris.

L’Éventail – Avec cette installation, vous mettez de la couleur dans la vie des quelque 100 000 voyageurs qui traversent le lieu chaque semaine. 
Daniel Buren – C’est en effet une chose essentielle que de garder en tête que les gens qui traversent la gare ne sont là pour aller voir ni une œuvre d’art, ni quelque chose de particulier. On ne peut pas en faire l’économie, il faut leur laisser découvrir quelque chose d’inattendu.

– Au-delà de l’enchantement chromatique, cette proposition – immersive à souhait – délivre-t-elle un message idéologique, une lecture plus philosophique ?
– J’ai une intention : que l’œuvre soit aussi ouverte que possible pour que les gens puissent avoir une appréhension toute personnelle de ce qui est donné. Je ne veux pas délivrer un message. Ou alors un message vraiment abstrait. Ce qui prédomine, c’est la couleur et la lumière. Et quand on pense à la couleur, on pense à tout ce qu’on veut.

© Photo: J-L Deru, Daniel Buren, ADAGP, Paris.

– La réalisation finale, in situ, correspond-t-elle à l’image du projet tel que vous l’aviez imaginé, rêvé ?
– J’aime ne pas m’attendre au résultat. C’est très personnel. Aujourd’hui, des moyens techniques existent pour réaliser des simulations assez proches de ce que donnera la réalité, mais je ne le fais jamais ! Si la pièce était de façon fictive entièrement faite, ça ne m’intéresserait plus du tout de la voir. D’ailleurs, quand je vois très bien ce qu’une pièce peut devenir, je ne la réalise pas. Avec la pièce installée à Liège, il y a plein de choses qui se passent et sont totalement impossibles à imaginer avant qu’elle n’existe. Il y a un tas d’effets qui démultiplient les projections de couleurs, et ces projections ne sont pas du tout celles que j’attendais… La couleur prend vie avec le soleil et le ciel en projetant ses reflets sur les quais, les gens, les trains, les escalators… Même quand le ciel est gris, l’utilisateur de la gare a le sentiment de marcher dans la couleur. C’est aussi dû à cette architecture tout à fait unique qui enveloppe tout le monde.

| Daniel Buren, "Comme tombées du ciel, les couleurs in situ et en mouvement", (avec in situ en italique) | travail in situ - Gare de Liège-Guillemins - 2022-2023. | © Photo: J-L Deru - © Daniel Buren, ADAGP, Paris. | | installation d'une oeuvre de l'artiste contemporain Daniel Buren sur la verrière de la gare de Liège-Guillemins d'octobre 2022 à octobre 2023 | | architecte de la gare de Liège-Guillemins : Santiago CALATRAVA, Architecte et Ingénieur

– Votre nom est indissociable de l’outil visuel (des bandes verticales alternées, blanches et colorées, de 8,7 centimètres de large). Ce motif systématique, aux allures de signature, vous est-il apparu, à un moment de votre carrière, comme contraignant ou pesant ? 
– Je n’ai jamais vu l’outil visuel comme une contrainte. Néanmoins, je me suis posé un tas de fois la question : est-ce que cela vaut encore la peine, est-ce que ça marche toujours ? Aussi, jamais je n’ai pensé, quand j’ai entamé ce travail il y a 55 ans, que j’allais travailler avec ces lignes verticales, que j’ai dénommées “outil visuel”, autant d’années ! C’est un outil. Et comme tout outil, il permet de faire énormément de choses. D’ailleurs, l’utilisation que j’en fais a énormément évolué au fil des années. Aujourd’hui, je suis convaincu que jamais je ne l’abandonnerai ! Il y a de fortes chances que je l’utiliserai jusqu’à ma mort, mais peut-être pas de la façon que j’imagine.

– Autre systématique, l’ordonnance des couleurs selon l’ordre alphabétique des couleurs, dans la langue du pays…
– En effet, les couleurs sont toujours positionnées, de gauche à droite, selon l’ordre alphabétique de celles-ci dans la langue du pays où l’œuvre est présentée. Si cette pièce devait être au Japon, nous aurions un ordre différent qui changerait complètement l’impression qu’elles donnent. À mes yeux, toutes les couleurs sont a priori identiques. Je les utilise sans établir de connexion avec ce qu’elles peuvent signifier, même si la couleur signifie quelque chose pour à peu près tout le monde. Ici, les couleurs principales ont été choisies car elles étaient en stock. J’ai néanmoins mené une autre réflexion au moment de m’attaquer aux casquettes. Un tas de possibilités s’offraient à moi à partir des couleurs déjà employées, mais j’ai souhaité introduire le jaune et le rouge, les couleurs de Liège. Choisir des couleurs pour ce qu’elles représentent est un fait extrêmement rare dans ma carrière.

© Photo: J-L Deru, Daniel Buren, ADAGP, Paris.

– Vous comptabilisez quelque 3300 expositions à travers le monde et environ dix fois plus d’œuvres réalisées depuis le début de votre carrière et, aussi étonnant que cela puisse paraître, vous ne dirigez pas un studio avec un aéropage d’assistants.
– C’est vrai ! Il ne faut pas s’y méprendre : je suis tout seul. J’ai toujours refusé d’avoir des assistants. Cependant, je suis assisté dans chaque musée par l’équipe déjà en place… Souvent, les artistes reconnus ont de nombreux employés, comme à la Renaissance. Même quand je n’en avais pas les moyens, je n’en rêvais pas. Cette réalisation à Liège a mobilisé les compétences de 15 à 20 personnes qui ont travaillé pendant plus de deux mois. Dans chaque musée, je suis accompagné par une équipe différente. Dans ce sens, on pourrait dire que j’ai eu des milliers d’assistants.

Décryptage

| Daniel Buren, "Comme tombées du ciel, les couleurs in situ et en mouvement", (avec in situ en italique) | travail in situ - Gare de Liège-Guillemins - 2022-2023. | © Photo: J-L Deru - © Daniel Buren, ADAGP, Paris. | | installation d'une oeuvre de l'artiste contemporain Daniel Buren sur la verrière de la gare de Liège-Guillemins d'octobre 2022 à octobre 2023 | | architecte de la gare de Liège-Guillemins : Santiago CALATRAVA, Architecte et Ingénieur

© Photo: J-L Deru, Daniel Buren, ADAGP, Paris.

L’œuvre recouvre en partie le toit de la gare de filtres auto-adhésifs colorés et transparents. Au total, sept couleurs ont été sélectionnées pour habiller 10 000 m2 de la toiture. Cinq couleurs ont été disposées en damier sur la verrière et deux autres sur les deux casquettes latérales, leur forme faisant écho aux célèbres lambris de l’artiste. À l’exception du rouge et du jaune des casquettes (clin d’œil de Buren au drapeau de la ville de Liège), le choix des couleurs est tributaire de la palette de couleurs disponible pour le matériel utilisé. “Du début à la fin d’une grande succession de blocs colorés, des lignes parallèles sont laissées vides pour laisser apparaître la couleur du ciel et ajouter aux couleurs de ce travail toutes les couleurs naturelles.” (Daniel Buren)

“Je suis un partisan du décloisonnement de l’art contemporain. Une de mes motivations premières avec ce projet était de rendre visible au plus grand nombre une œuvre d’un artiste internationalement reconnu au travers d’un lieu populaire et de mettre en avant notre ville sur la scène culturelle internationale.” (Stéphan Uhoda)

Art public : deux forêts de mâts

Non contentes d’animer nos vies, les œuvres placées directement dans notre environnement constituent une source d’éducation permanente aux arts et à la culture. La prochaine fois que vous les croiserez, jetez-leur une œillade complice… Vous verrez, ça peut transformer une journée !

© DR

  • Bleus sur jaune, Bruxelles, 2004
    Cet ensemble de 89 mâts-drapeaux implantés dans le sol crée, d’une certaine manière, une sorte de “forêt” à travers laquelle les véhicules et les piétons passent. L’arrivée en hauteur de tous ces mâts est constante et établit une ligne stricte et horizontale en altitude. Les mâts ont donc des grandeurs différentes (de 7m50 à 12m20) en fonction de la dénivellation du sol, afin que les sommets soient à hauteur égale.
Daniel Buren 2011_2130_007_bur_3232

© DR

  • Le vent souffle où il veut, Nieuport, 2009
    100 mâts de pavillon avec autant de girouettes forment cette imposante œuvre d’art. Le visiteur qui se promène ou qui joue comme un enfant entre les mâts a une tout autre vue de l’œuvre, comme s’il évoluait dans une forêt colorée. Pour les girouettes, Daniel Buren a choisi dix couleurs qu’il a fait monter sur les mâts par ordre alphabétique : du bleu foncé au vert prairie, en passant par le rouge violacé.

Exposition de Daniel Buren, produite par le groupe Uhoda, sous la coordination artistique de Joël Benzakin.

Cinéma

Vie mondaine

25/04/2024

Lionel Sabatté

Arts & Culture

France, Paris

Du 27/04/2024 au 27/06/2024

Informations supplémentaires

Installation

Comme tombées du ciel, les couleurs in situ et en mouvement

Dates

Du 15 octobre 2022 au 15 octobre 2023

Localisation

Gare de Liège-Guillemins
Liège, Belgique

Publicité

Tous les articles

Publicité