Martin Boonen

28 December 2021

Eventail.be – Cette nouvelle brasserie met fin a votre collaboration avec Anders, la brasserie qui brassait pour vous les bières permanentes de votre gamme. Votre production est donc finalement 100% bruxelloise. De quoi faire – enfin ! – taire les critiques ?
Sébastien Morvan  Vous savez, en anglais on dit « haters gonna hate« . Quoiqu’on fasse, il y aura toujours des gens pour critiquer ce que nous faisons. Lors notre première rencontre (en 2015, ndlr. Retrouvez l’article ici), je me rappelle vous avoir dit que c’était une bonne chose de déranger. Si vous ne dérangez pas, c’est que soit vous ne faites rien, ou alors que vous faites la même chose que les autres, en plus petit.

Sébastien Morvan (à gauche) et Olivier de Brouwer, devant les cuves de la nouvelle brasserie de Brussels Beer Project, à Anderlecht © BBP

Ce n’était pas notre envie à l’origine et ça n’a pas changé ! On trace notre chemin ! Pour revenir à Anders, nous avons toujours une super relation et on est ravi d’avoir travaillé avec eux. Mais, c’était logique, à un moment donné, de tenir entre nos mains toute notre production. Ça va nous coûter quelques nuits blanches je pense. Mais ça nous rend très fier (rires). C’est aussi une façon de pérenniser notre projet. À Port Sud, nous avons une concession à 40 ans. Pendant tout ce temps, et plus encore espérons-le, nous aurons la certitude de pouvoir faire les choses comme nous voudrons les faire. Notre indépendance est assurée.

Les deux brasseurs/entrepreneurs présentent la maquette de "Port Sud", la nouvelle brasserie de Brussels Beer Project © BBP

– Parlez-nous de ce projet.
 Cela nous tenait à cœur. Depuis qu’on a lancé notre première microbrasserie à Dansaert, on avait les yeux rivés sur ce projet. Ça a été un travail de longue haleine. En choisissant un quartier industriel plus que résidentiel, au cœur de la ville, sur un terrain vague… on ne s’est pas simplifié la tâche. Nous avons beaucoup travaillé avec la ville, avec notre communauté, nous avons fait un appel à projet qui a rassemblé des architectes belges et étranger pour finir par choisir… un Bruxellois (le bureau Office Boydens, ndlr). Nous avons voulu que ce projet soit tourné vers demain, vers l’autre, vers ailleurs.

Ce fut une belle collaboration. Ensuite, il a fallu avoir le financement (6 millions d’euros, nldr) et les permis. On a vraiment le sentiment d’avoir fait les choses dans l’ordre et en bonne et due forme. Ce fut long, mais malgré tout, nous ne sommes qu’au début ! On vient à peine de commencer un chapitre. Les brasseurs entrent tous les matins dans la brasserie avec beaucoup d’excitation ! C’est génial.

– Qu’est-ce que ce nouvel outil va vous permettre de faire ?
 On va pouvoir grandir ! C’est un formidable accélérateur. En terme de volume, nous allons doubler la production (jusqu’à 50 000 hectolitres par an). En plus des bières de la gamme permanente, nous allons aussi y brasser les bières éphémères. Notre microbrasserie de Dansaert est destinée à devenir plus expérimentale encore. Elle va notamment se spécialiser dans les expériences de vieillissement et d’élevage de bières en barriques*. Ensuite, avec 1000m2 de jardin, les pieds dans l’eau, nous allons ouvrir un nouvel espace vert à Bruxelles. On va aussi accelerer notre impact écologique, mais surtout sociétal : les quartiers, les gens, le bien être…. Nous voulons être très exigeant, très critique avec nous même sur notre responsabilité citoyenne d’entreprise au cœur de la ville et proche de ses habitants.

Les cuves lors de leur arrivée à Port Sud © BBP

– Vous pouvez préciser votre pensée ?
 Nous avions une proposition pour nous installer du côté de Tour & Taxis. C’était une solution plus simple, plus évidente à bien des égards. Mais… justement, c’était trop évident. Il n’y a plus qu’à produire de la bière dans ce quartier. Tout est fait ou en passe de l’être. Depuis le début, nous ne voulons pas seulement construire une brasserie au sens productiviste du terme, mais nous voulions faire quelque chose qui a de la gueule, qui amène de la couleur dans un quartier qui en manque. Ce qui nous a séduit, ce n’était pas la possibilité de construire un bâtiment pour faire de la bière, mais d’imaginer un projet global, où la bière serait au cœur de beaucoup plus de choses. On voulait mettre ce quartier dans la carte mentale des bruxellois. Parce que c’est loin d’être le cas. On sait que ça prendra du temps et surtout qu’on n’y arrivera pas tout seul. Et quand on regarde bien, on remarque qu’il existe déjà de chouettes projets : Recylart, le MicroMarché… il faut juste accélérer la dynamique. On peut co-créer avec nos voisins ! Et ça, pour nous, c’est une richesse fondamentale.

Inauguration de "Port Sud" © BBP

– Plus Bruxellois que jamais alors ?
 Oui et non. Le projet est bruxellois, mais l’équipe, par exemple, est extrêmement cosmopolite. Nos brasseurs viennent d’horizon très différents : Belgique, Royaume-Uni, Brésil, États-Unis, Portugal, Italie, Canada… et ce n’est pas fini, Ils arrivent chez Beer Project avec leur tradition, leur culture brassicole et leurs envie… rien que ça c’est déjà infiniment riche. Ensuite, autour d’eux, il y a une équipe d’une cinquantaine de personnes, tous passionnés de bière ! Et toute l’équipe est invitée à partager ses idées, c’est un vrai bouillon de culture ! Imaginez ce qu’on peut faire avec cinq brasseurs de cultures différentes et quelques dizaines d’amoureux de la bière ! C’est vertigineux et très enthousiasmant Bruxelles est la ville, pour sa taille, la plus cosmopolite d’Europe ! Ce n’est peut être pas la capitale économique de l’Europe, mais c’est bien plus que la capitale politique du continent ! D’où qu’on soit, on peut se sentir chez soi à Bruxelles !


Dansaert : le nouveau lambic bruxellois

Début décembre, Brussels Beer Project vient – encore – de donner un coup de pied monumental dans la fourmilière de la bière bruxelloise en inaugurant, dans sa microbrasserie de Dansaert, son nouveau programme de fermentation spontanée et mixte élevé en barrique. Bref : la première nouvelle brasserie de lambic à Bruxelles depuis plus d’un demi-siècle.

© BBP

En se penchant sur le cas du lambic, BBP ne se contente pas de surfer sur le récent engouement pour les bières de fermentation spontanée mais s’intéresse à un monument de la bière bruxelloise. Depuis 50 ans, il n’y avait plus que la vénérable brasserie Cantillon pour tenir l’étendard de ce patrimoine séculaire bruxellois. Nous vous en parlerons en détail à la rentrée.


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