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Catherine Breillat : « C’est beau l’amour absolu »

CinémaFestival de CannesFilmInterview

Corinne Le Brun

11 October 2023

Retour au cinéma pour Catherine Breillat, 73 ans, malgré son handicap, suite à un accident vasculaire cérébral avec le film “L’été dernier”

Dix ans que la réalisatrice de Abus de faiblesse (2013) n’avait plus dirigé une équipe. Le producteur Saïd Ben Saïd lui a donné envie de mettre en scène un remake du film danois Queen’s heart de May-el-Toukhy (2019). L’été dernier, en sélection officielle au Festival de Cannes, fait courir un parfum de scandale en milieu bourgeois.

Avocate spécialisée dans les violences sexuelles, Anne (Léa Drucker) mène une vie heureuse avec son mari Pierre (Olivier Rabourdin) et leurs deux jeunes filles. Un jour, Théo (Samuel Kircher), 17 ans, fils de Pierre issu d’un précédent mariage, emménage avec eux. Il ne faut pas longtemps avant qu’il dise à son père qu’il a une liaison avec sa belle-mère. Pierre est choqué. Anne, troublée. L’harmonie au sein de la famille autrefois heureuse vole en éclats d’un seul coup. L’été dernier raconte l’histoire d’une transgression, où les cœurs saignent. À leur corps défendant…Comme toujours, avec Catherine Breillat, on est au plus près de la peau, de la chair. Des gros plans lents, des face-à-face tendus. Léa Drucker (1) porte le film. Dans ce portrait de femme libre, Catherine Breillat s’en donne à cœur joie. Rencontre à Cannes où L’été dernier était en sélection officielle.

Eventail.be – On a attendu longtemps avant de vous retrouver au cinéma. Pourquoi avez-vous décidé de faire le film ?
Catherine Breillat – Saïd Ben Saïd m’a donné envie. Je suis “infinanciable” en France. On devait faire le film l’année d’avant, on avait l’avance sur recettes mais aucune chaîne de télévision, du tout, pour financer le film. Cette année, nous avons eu une avance sur recettes. Aucun autre producteur que Saïd Ben Saïd aurait fait ce film avec si peu d’argent. Le générique est tout petit car il n’y avait aucun banquier (rires). La France ne n’aime pas. Je suis plus aimée ailleurs. On peut haïr le film. Haïr le metteur en scène, ce n’est pas normal. La France est le pays le plus misogyne d’Europe, c’est dans son ADN. C’est en France et nulle part ailleurs qu’on a inventé la loi salique. Aucune femme ne pouvait régner en France. On préférait aller chercher l’arrière petit cousin ennemi pour prendre la succession du roi qu’une femme.

Léa Drucker, Samuel Kircher, Catherine Breillat à Cannes © Moreau/Jacovides/Bestimage

– Comment avez-vous préparé le film?
Je filme exactement ce que j’ai écrit. Un scénario, c’est des mots. Ensuite, ce qui va tout changer c’est l’incarnation. Mes mots de cinéma, c’est la chair et l’âme de mes acteurs. Cela se fait pas à pas, avec la grâce des acteurs, la manière dont ils seront par rapport à la caméra. Il faut de la chorégraphie, encore plus dans des scènes d’amour, évidemment. Il faut parfois que ce soit réaliste, signifiant. Je fais des plans expressionnistes et politiques. Cela se mélange, aussi avec l’humeur des acteurs. On travaille avec de la chair humaine. C’est carnivore, le cinéma. Je fais de la mise en scène pour la caméra et le spectateur.

– On a grandi dans le mythe qu’une femme doit être parfaite. Vous avez pris pour exemple Marie-Madeleine en extase du Caravage qui est à l’opposé de la perfection
Quand on rentre dans l’exigence de la perfection, on entre dans le fascisme. Les plus grands totalitaires meurtriers sont nés d’idéologies de la perfection. Il faut être plus clément avec les hommes et les femmes. On commet des fautes, certes, mais pas des assassinats. Alors que l’idéologie de la perfection aboutit au fascisme. La défense des femmes est importante. Mais le mouvement prend une tournure où on met une dictature du bien et du mal qui n’a rien à voir avec la diversité humaine et sa poésie. Pensons à Savonarole : au nom du bien, il a détruit la moitié de l’œuvre de Botticelli. Il ne faut pas forcer les artistes à bien réfléchir. Etre artiste, c’est créer et non se conformer.

© DR

– Comment avez-vous chorégraphié les scènes intimes ? Anne regarde toujours ailleurs…
C’est l’extase. Il y a un moment où la fusion charnelle, c’est intérieur. On n’a pas besoin de trop se regarder, c’est presque trivial. Les gens croient que je filme la nudité et les corps. Non, j’ai besoin qu’on sache ce qu’ils font. Le visage nu montre toute son intimité, sa pensée, ses émotions. Un visage nu est plus compliqué que de se mettre nu. Mettre des sentiments aussi intimes qu’on livre à la caméra, c’est beaucoup plus difficile. La nudité sur le visage est plus impudique que la nudité des corps. On n’a pas besoin d’un coach pour l’intimité. Je suis plus le metteur en scène des émotions que du désir.

– La liaison d’Anne avec son beau-fils est-elle incestueuse ?
Bien sûr, et c’est un scandale. Mais on est des êtres humains, dans la situation telle qu’on la vit maintenant, réellement, avec les émotions, avec l’attraction soudaine entre les êtres. Ce n’est pas une avocate ou même une femme âgée qui a cette relation avec ce jeune homme. Tout d’un coup, il y a l’attraction qui se fait à leur insu et qui s’impose. Ils se vieillissent l’un l’autre, ils se rajeunissent l’un l’autre. C’est tout d’un coup quelque chose d’amoureux. C’est autre chose que ce résumé stérile qu’il pourrait y avoir dans la presse, dans les réseaux sociaux, où Anne doit être dilapidée par la vindicte publique. Je veux montrer que les histoires humaines, cela passe par l’humain, pas par les réseaux sociaux et les diktats moralistes. Tout d’un coup, on a un autre regard.

© DR

– L’amour entre Anne et Théo peut-il durer ?
Cette relation sur le long terme n’est pas vivable. Théo aura son premier chagrin d’amour et Anne sera un peu malheureuse. Le père de Théo se tait parce qu’il veut préserver sa famille. Il y aura aussi, pour Anne, le bonheur d’être avec son mari et ses petites filles. Des fois, il y a le choix de Sophie. Entre cette femme et ce jeune homme, il y a un amour absolu. Les histoires de Roméo et Juliette se finissent. On a besoin de ce rêve-là. J’avais envie de le donner au spectateur. C’est beau l’amour absolu, on a envie de le vivre. On a envie de vibrer et de ne pas (re)tomber dans la sociologie.

(1) : Dans la mini-série «Sous contrôle», Léa Drucker incarne Marie Tessier, une militante engagée dans une ONG. Devenue ministre des Affaires étrangères en France, elle est confrontée dès le premier jour, à une prise d’otages au Sahel. Sur Arte.

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France, Rouen

Du 24/05/2024 au 22/09/2024

Informations supplémentaires

Film

L’été dernier

Réalisation

Catherine Breillat

Distribution

Léa Drucker, Olivier Rabourdin, Samuel Kircher, Clotilde Courau

Sortie

En salles

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