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Le Paris de  Jean-Charles de  Castelbajac

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Éric Jansen

20 September 2024

Il y a longtemps que le créateur star des années 1980-1990 a prouvé que son talent dépassait le territoire de la mode. Visionnaire et boulimique, Jean-Charles de Castelbajac a été l’un des premiers à oser la transversalité, le détournement, mêlant un goût pour l’héraldique des chevaliers au pop art et au street art new-yorkais, osant l’humour avec ses manteaux nounours, imaginant des robes peintes par Miquel Barceló ou Robert Combas, et dessinant sans arrêt, pour lui, tel un véritable artiste, incapable de faire autre chose, comme son ami Keith Haring.

Dans les rues de Paris, cette insatiable frénésie de création se poursuivait sous forme d’anges tracés à la craie, au fil de ses pérégrinations. Figures au charme enfantin, ces tags éphémères s’effaçaient au fil des jours, ce qui ajoutait à leur poésie. Mais cette fois, Jean-Charles de Castelbajac vient de signer une œuvre pérenne sur le boulevard Saint-Germain. Un personnage ailé de quinze mètres de haut, réalisé en treillage et installé sur le mur de la Société de géographie. “C’est l’ange géographe, un intermédiaire entre la terre des hommes et le plus haut du ciel. Il tient la planète entre ses mains et la projette vers l’avenir dans un geste à la fois spatial et protecteur.” Une dimension spirituelle qui l’accompagne visiblement, puisqu’on lui commandait au même moment la réalisation des chasubles, étoles et autres ornements liturgiques que porteront l’archevêque, les évêques, les prêtres et les diacres lors de la réouverture de Notre-Dame de Paris les 7, 8 et 9 décembre prochains. “Quel curieux chemin, mystérieux et providentiel, je me demande ce qui va suivre…” En attendant, plus prosaïquement, suivons-le dans ses adresses préférées à Paris.

Le 703

©Le 703 All Rights Reserved.

“J’ai découvert ce restaurant dans le 17e arrondissement et c’est un peu devenu ma cantine. Naomi Ogaki est un chef japonais qui a quitté son pays à dix-huit ans pour aller apprendre la cuisine française à Strasbourg, puis à Avignon, auprès de chefs étoilés. Il est ensuite rentré au Japon, où il a ouvert un restaurant dans lequel il défendait la gastronomie française, avant d’oser se lancer à Paris. Il propose une relecture de plats traditionnels, comme une blanquette de veau ou un paleron de bœuf, et le résultat est délicieux, tout en saveurs subtiles. En plus, il est très sympathique.”

Restaurant le 703 • 9 Rue Fourcroy, 75017 Paris • le703.fr

Féau Boiseries

© Féau Boiseries Paris

© Féau Boiseries Paris

“L’endroit est extraordinaire, bouleversant. On déambule dans une succession de pièces, où sont stockées une multitude de boiseries sculptées, de frises et de corniches. À chaque visite, je me demande ce qu’elles ont vu, entendu. Guillaume Féau m’interpelle, il sauve des parcelles de mémoire et s’en sert pour refaire avec des techniques modernes des décors pensés par des hommes aux XVIIe et XVIIIe siècles. Cela me touche et me fait penser à la société Tricotel, qui perpétue l’art du treillage et avec laquelle j’ai fait mon Ange géographe. C’est de l’archéologie contemporaine.”

Féau Boiseries • 9 rue Laugier, 75017 Paris • feauboiseries.com

Poush & La SIRA

© Axel Dahl

© SIRA

“J’engage tout amateur d’art contemporain à aller visiter ces deux lieux, qui sont de véritables pépinières d’artistes. Le premier s’appelle Poush et a été créé par Yvannoé Kruger, dans un bâtiment industriel de 20 000 m2, à Aubervilliers. Il accueille plus de 270 artistes. Le second s’appelle La SIRA. Selon le même principe et avec la même énergie, Anatole Maggiar propose une trentaine d’ateliers et des expositions dans une ancienne usine à Asnières. J’aime ces jeunes qui participent à révéler et à soutenir les artistes de leur génération. Ce sont des incubateurs de talents.”

Poush • 153 Avenue Jean Jaurès, 93300 Aubervilliers, France • poush.fr
SIRA • 153 Quai Aulagnier, 92600 Asnières-Sur-seine • la-sira.fr

L’appartement de Jacques Prévert

© Fatras Succession Jacques Prévert

“C’est un lieu étonnant, inconnu de la plupart des Parisiens, sur le toit du Moulin Rouge. Jacques Prévert a vécu là à partir de 1955 et tout est resté en l’état ou presque. Sa petite-fille, Eugénie Bachelot Prévert, fait visiter sur rendez-vous. Il y a quelque chose de très émouvant à pénétrer dans ces pièces. J’ai découvert un Prévert que je ne connaissais pas, qui a fait beaucoup de collages, une pratique que j’aime et que j’ai utilisée pour concevoir les vêtements liturgiques de Notre-Dame. Le plus amusant, c’est aussi de découvrir que Boris Vian était son voisin de palier !”

Fatras/Succession Jacques Prévert, 6 bis cité Véron, 75018 Paris • autorisations@jacquesprevert.fr • jacquesprevert.fr

Lafayette Anticipations

© Lafayette Anticipations

Guillaume Houzé a aussi toute mon admiration. Il est à l’origine de la collection d’art, puis de la fondation des Galeries Lafayette. En 2018, il l’installait dans le Marais, dans un bâtiment réhabilité par Rem Koolhaas. Depuis, il y présente des expositions qui ont toujours une dimension expérimentale, et j’aime ça ! Une forme de déconstruction de l’art contemporain, comme dans l’exposition La Ruée vers l’or. Durant la Design Week, j’y serai présent avec un jeune collectif de designers, Hall Haus, pour lequel j’ai conçu une chaise baptisée DKR One 4 Hall.”

Lafayette Anticipations – Fondation Galeries Lafayette, 9 rue du Plâtre F-75004 Paris • lafayetteanticipations.com

Le cimetière de Picpus

La tombe de La Fayette Crédit photo © Domaine public

“Un autre lieu habité… Au début de la Révolution, le couvent a servi de refuge aux nobles, puis les chanoinesses ont été chassées et pendant la Terreur, plus de mille guillotinés y ont été enterrés dans des fosses communes. Les fantômes sont partout. Sade était venu s’y cacher, le marquis de La Fayette avait demandé à y être enseveli des années plus tard, car la famille de son épouse y était inhumée. J’ai aussi un ancêtre là. On raconte que Victor Hugo serait venu y écrire un passage des Misérables. C’est un réceptacle émotionnel tout à fait extraordinaire.”

35 rue de Picpus, 12e • visite l’après-midi

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